jeudi 26 mars 2020

Les forces subtiles de la maladie



C'est ainsi que les maladies essaient de se propager d'une personne à une autre ; elles attaquent l'être nerveux par une suggestion  (comme celle-ci), ou d'une autre manière, pour essayer d'y pénétrer. C'est souvent le cas, même si la maladie n'est pas contagieuse, mais cela se  produit plus facilement lorsqu'elle l'est. La suggestion ou le contact doit être rejeté aussitôt.

Il y a autour du corps, une sorte de protection  que nous appelons  l'enveloppe nerveuse ; si elle conserve sa résistance et refuse de laisser entrer la force de la maladie, on peut rester en bonne santé même au milieu d'une épidémie, peste ou autre ; si l'enveloppe est percée ou faible, la maladie peut pénétrer. 

Les forces subtiles de la maladie commencent par affaiblir l'enveloppe nerveuse - l'aura - ou la transpercer. Si elle résiste et reste intacte, mille millions de microbes ne pourront rien contre vous. L'enveloppe une fois percée, elles attaquent le mental subconscient dans le corps, parfois aussi le mental vital ou le mental proprement dit ; elles préparent la maladie par la peur ou la pensée de la maladie. Les médecins eux-mêmes disent qu'en Extrême-Orient, quatre vingt dix pour cent des gens atteints de la grippe ou du choléra tombent malades sous l'effet de la peur. Rien ne sape la résistance autant que la peur. Mais c'est pourtant le subconscient qui joue le rôle essentiel.

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Les souffrances physiques sont dues aux attaques des forces de l'Ignorance. Mais si l'on sait s'y prendre, on peut en faire un moyen de purification. Il y a cependant d'autres moyens de purification plus efficaces et moins pénibles.

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Toutes  les maladies passent par l'enveloppe nerveuse  (ou vitale-physique) du corps  subtil avant d'entrer dans le physique.

Si l'on est conscient du corps subtil ou si on a la conscience subtile, on peut arrêter une maladie en cours de route et l'empêcher d'entrer dans le corps physique.

Mais elle peut venir inaperçue, ou pendant le sommeil, ou à travers le subconscient, ou par une brusque poussée quand on n'est pas sur ses gardes ; dans ce cas, il n'y a rien d'autre à faire qu'à lutter pour la déloger du terrain déjà gagné dans le corps.

L'auto-défense   par ces moyens intérieurs peut devenir si puissante que le coprs acquiert pratiquement l'immunité, comme l'ont beaucoup de yogis. Cependant, ce "pratiquement" ne veut pas dire absolument. l'immunité absolue ne peut venir qu'avec la transformation supramentale. Car au-dessous du supramental, l'immunité est le résultat d'une force parmi beaucoup d'autres forces, et elle peut être dérangée  par une rupture de l'équilibre établi.

Dans le supramental, l'immunité est une loi de la nature : dans un corps supramentalisé, l'immunité  contre la maladie sera automatique, inhérente à sa nouvelle nature.

Il y a une différence entre la  Force yoguique sur les plans inférieurs (mental et autres)  et la Nature supramentale. Ce qui, dans la conscience mentale et corporelle, doit être acquis et gardé par la Force du yoga, est inhérent au supramental et y existe, non pas acquisition mais par nature, absolument et indépendamment



Lettres sur le Yoga / Tome 6 / Chapitre La Transformation du Physique.

En illustration : Le Secret d'Adrien / livre illustré créé en 1992 / crayons de couleur et pastel sec.

lundi 2 mars 2020

La guerre et la destruction




La guerre et la destruction sont un principe universel qui gouverne non seulement notre vie purement matérielle ici-bas, mais même notre existence mentale, et morale.

Il est évident, pratiquement, que dans sa vie intellectuelle, sociale, politique et morale, l'homme ne peut pas faire un pas en avant sans une bataille ; une bataille entre ce qui existe et qui vit, et ce qui cherche à exister et à vivre, et entre tout ce qui se trouve derrière l'un et l'autre.

Il est impossible, du moins en l'état actuel de l'humanité et des choses, d'avancer, de grandir, de s'accomplir et, en même temps, d'observer réellement et absolument le principe d'innocence que l'on nous propose comme la règle de conduite la meilleure et la plus haute. Nous emploierons seulement la force d'âme et ne détruirons jamais par la guerre, ni même par la violence physique pour nous défendre ?

Très bien, mais en attendant que la force d'âme soit efficace, les forces démoniaques dans les hommes et les nations, écrasent, démolissent, massacrent, brûlent et violent comme nous le voyons aujourd'hui ; elles pourront le faire alors tout à leur aise et sans obstruction ; et vous aurez, peut être causé la destruction d'autant de vies par votre abstention que d'autres par leur violence...

Il ne suffit pas d'avoir les mains propres et des âmes sans tâche pour que la loi de la bataille et de la destruction disparaisse du monde ; il faut d'abord que ce qui est à leur base disparaisse de l'humanité.

L'immobilité et l'inertie qui refusent de se servir des moyens de résistance au mal ou qui sont incapables de s'en servir, n'abrogeront pas la loi, encore moins.

En vérité, l'inertie fait beaucoup plus de mal que le principe dynamique de la lutte qui, au moins, créé plus qu'il ne détruit. Par conséquent, si l'on regarde le problème de l'action individuelle, s'abstenir de la lutte sous sa forme physique la plus visible et de la destruction qui l'accompagne inévitablement, nous donne peut être une satisfaction morale, mais laisse inaboli le Destructeur des créatures.

Extrait de Essai sur la Guîtâ

samedi 29 février 2020

Les limites de la science


La science elle-même est parvenue à la conclusion qu’elle ne peut, comme elle l’avait espéré un moment, déterminer la vérité des choses ou leur nature réelle, ou ce qu’il y a derrière les phénomènes physiques.

Elle ne peut s’occuper que du processus des choses physiques, de la manière dont elles se produisent et de ce que l’homme peut faire pour les traiter et les utiliser.

En d’autres termes, le domaine de la science physique a maintenant été décrit et délimité avec précision, et les questions concernant Dieu ou la Réalité ultime ou tous les autres problèmes métaphysiques ou spirituels sont en dehors de lui.

Les prétendues sciences qui traitent du mental et de l’homme (psychologie, etc.) dépendent tellement des sciences physiques qu’elles ne peuvent sortir de leurs étroites limites.

Si la science doit tourner son visage vers le Divin, ce doit être une science nouvelle, non encore élaborée, qui s’occuperait directement des forces du monde de la vie et du Mental, et par là arriverait à ce qui est au-delà du Mental ; mais la science d’aujourd’hui ne peut pas le faire.


Extrait de Lettres sur le Yoga

vendredi 10 mai 2019

Les différents aspects de la Shakti : introduction (partie 1)


Les quatre pouvoirs de la Mère sont quatre parmi ses prédominantes Personnalités, parties et personnifications de sa divinité, à travers lesquelles elle agit sur ses créatures, met en ordre et harmonise ses créations dans les mondes et dirige la manifestation de ses milliers de forces.

Car la Mère (Divine) est une, mais elle se présente à nous sous des aspects différents ; elle a beaucoup de pouvoirs et de personnalités, beaucoup d’émanations et de vibhoûtis qui agissent pour elle dans l’univers. Celle que nous adorons comme la Mère est la Conscience-Force Divine qui domine toute existence, unique et pourtant si multiple qu’il est impossible de suivre ses mouvements, même pour l’esprit le plus prompt et pour la plus libre et la plus vaste intelligence.

La Mère est la conscience et la force du Suprême et elle est bien au-dessus de toutes ses créations. Mais quelque chose de ses voies peut être vu et senti à travers ses personnifications, d’autant plus perceptible que sont plus définis et limités le tempérament et l’action des formes de déesses dans lesquelles elle consent à se manifester à ses créatures.

Il y a trois manières d’être de la Mère que vous pouvez percevoir quand vous vous identifiez avec la Conscience-Force qui nous soutient, nous et l’univers :

La Transcendante, la suprême Shakti originelle, qui se tient au-dessus des mondes et sert de trait d’union entre la création et le mystère toujours non manifesté du Suprême.

L’Universelle, la Mahâshakti cosmique, qui crée tous les êtres et contient, pénètre, supporte et dirige les millions de procédés et de forces.

L’Individuelle, qui personnifie le pouvoir des deux plus vastes aspects de son existence, les rend vivants et proches de nous et s’entremet entre la personnalité humaine et la Nature divine.

L’unique Shakti originelle et transcendante, la Mère, se tient au-dessus de tous les mondes et porte dans sa conscience éternelle le Divin suprême. Elle est seule à abriter le Pouvoir absolu et la Présence ineffable ; contenant ou appelant les Vérités qui doivent être manifestées, elle les fait descendre, du mystère où elles étaient cachées, dans la lumière de sa conscience infinie et leur donne une forme dynamique dans son pouvoir omnipotent et dans sa vie sans bornes, et un corps dans l’univers.

Le Suprême est manifesté en elle à jamais comme l’éternel Satchidânanda (Sat-Chit-Ananda) ; il se manifeste à travers elle dans les mondes comme la conscience unique et duelle de l’Ishwara-Shakti et le principe duel de Pourousha-Prakriti ; il est personnifié par elle dans les mondes et les plans et les dieux et leurs énergies, et façonné grâce à elle comme tout ce qui est dans les mondes connus et dans d’autres inconnus.

Tout est son jeu avec le Suprême ; tout est sa manifestation des mystères de l’Eternel, des miracles de l’Infini. Tout est elle, car tous sont parcelles et fragments de la Conscience-Force divine. Rien ne peut être ici ou ailleurs que ce qu’elle décide et que le Suprême permet ; rien ne peut prendre forme excepté ce que, mue par le Suprême, elle perçoit et façonne après en avoir moulé le germe dans son Ananda créateur.

Quatre grands Aspects de la Mère, quatre de ses principaux Pouvoirs et Personnalités ont été mis en avant dans sa conduite de cet univers et dans ses relations avec le jeu terrestre.

L’un est la personnalité de calme ampleur, de sagesse compréhensive, de bénignité tranquille, et de compassion inépuisable de majesté souveraine et supérieure, et de grandeur qui gouverne tout.

Un autre personnifie son pouvoir de splendide énergie et d’irrésistible passion, sa disposition guerrière, sa volonté écrasante, sa promptitude impétueuse et sa force qui secoue le monde.

Le troisième est ardent, doux et merveilleux dans le profond secret de sa beauté, de son harmonie et de son rythme délicat, dans son opulence complexe et subtile, son attrait irrésistible et sa grâce captivante.

Le quatrième est pourvu de sa secrète et pénétrante capacité de connaissance intime, de travail soigneux et sans défaut et de perfection tranquille et précise en toutes choses.

Sagesse, Energie, Harmonie, Perfection sont leurs divers attributs, et ce sont ces pouvoirs qu’ils apportent avec eux dans le monde, qu’ils manifestent sous un déguisement humain dans leurs vibhoûtis, et qu’ils établiront suivant la mesure divine de leur ascension en ceux qui peuvent ouvrir leur nature terrestre à l’influence directe et vivante de la Mère.

A ces quatre, nous donnons les quatre noms de Maheshwarî, Mahâkâlî, Mahâlakshmî, Mahâsaraswatî.

Extrait de La Mère

En illustration : une photographie de Mudita, prise au Clos-Lucé, 2007.

jeudi 9 mai 2019

Les différents aspects de la Shakti : Mahâshakti (partie 2)


La Mahâshakti, la Mère universelle, effectue tout ce que sa conscience transcendante transmet du Suprême et elle entre dans les mondes qu’elle a faits.

Sa présence les remplit et les soutient avec l’esprit divin, et avec la force et la félicité divines qui sustentent tout, et sans quoi ils ne pourraient pas exister.

Ce que nous appelons la Nature, ou Prakriti, n’est que son aspect exécutif le plus extérieur. La Mahâshakti dispose et organise l’harmonie de ses forces et de ses procédés ; elle contraint la Nature à ses opérations et se meut parmi elles, cachée ou manifestée en tout ce qui peut être vu, expérimenté ou mis dans le mouvement de la vie.

Chacun des mondes n’est rien d’autre qu’un jeu de la Mahâshakti de ce système de mondes ou univers, et qui y réside, comme L’Ame et la personnalité cosmiques de la Mère transcendante. Chacun est une chose qu’elle a vue dans sa vision, accueillie dans son cœur de beauté et de pouvoir et créée dans son Ananda.

Mais il y a beaucoup de plans de sa création, beaucoup de pas de la Shakti divine.

Au sommet de cette manifestation dont nous faisons partie, il y a les mondes d’existence, de conscience, de force et de félicité infinies, au-dessus desquels la Mère se tient comme le Pouvoir éternel dévoilé. Là, tous les êtres vivent et se meuvent dans une plénitude ineffable et une unité invariable, parce qu’elle les porte en sécurité sans ses bras, à jamais.

Plus proches de nous sont les mondes d’une parfaite création supramentale dans lesquels la Mère est la Mahâshakti supramentale, un Pouvoir d’omnisciente Volonté et d’omnipotente Connaissance divines, toujours apparent dans ses œuvres infaillibles et spontanément parfaites dans chaque opération. Là, tous les mouvements sont des pas de la Vérité, tous les êtres sont des âmes, des pouvoirs et des corps de la Lumière divine, toutes les expériences, des mers, des flots et des vagues d’un Ananda absolu et intense.

Mais les mondes où nous demeurons sont ceux de l’Ignorance, les mondes du mental, de la vie et du corps, séparés de leur source dans leur conscience, et dont la terre est un centre significatif et son évolution un mouvement décisif. Tout ceci aussi, avec son obscurité, ses luttes et ses imperfections, est supporté par la Mère universelle ; ceci aussi est mû et conduit vers son but caché par la Mahâshakti.

La Mère, en tant que Mahâshakti de ce triple monde de l’Ignorance, se tient dans un plan intermédiaire entre la Lumière supramentale, la vie de Vérité, la création de Vérité, qui doit être amenée ici-bas et cette hiérarchie montante et descendante des plans de conscience qui, comme une échelle double, s’enfonce dans l’ignorance de la Matière et escalade à nouveau l’infinité de l’Esprit à travers l’épanouissement de la vie de l’âme et de l’intellect.

Déterminant tout ce qui sera en cet univers et dans l’évolution terrestre par ce qu’elle voit et sent et déverse d’elle-même, elle se tient là, au-dessus des dieux, et toutes ses Personnalités et tous ses Pouvoirs sont émis et placés devant elle pour l’action ; elle projette leurs émanations dans ces mondes inférieurs pour intervenir, gouverner, combattre et conquérir, pour guider et accomplir leurs cycles, pour diriger les lignes d’action totales et individuelles de leurs forces. Ces émanations sont les nombreuses formes et personnalités divines dans lesquelles les hommes l’ont adorée sous des noms différents à travers les âges.

Mais elle prépare aussi et forme par l’intermédiaire de ces Pouvoirs et de leurs émanations, l’esprit et le corps de ses vibhoûtis, de même qu’elle prépare et forme des esprits et des corps pour les vibhoûtis de l’Ishwara, afin qu’elle puisse manifester, dans le monde physique et sous le masque de la conscience humaine, quelque rayon de son pouvoir, de sa qualité et de sa présence. Toutes les scènes du jeu terrestre ont été, comme dans un drame, organisées, conçues et jouées par elle avec les dieux cosmiques comme auxiliaires et elle-même comme un acteur voilé.

Non seulement la Mère gouverne tout d’en haut, mais elle descend dans ce triple univers inférieur. D’une manière impersonnelle toutes choses ici-bas, même les mouvements de l’Ignorance, sont elle-même en un pouvoir voilé, sont ses créations dans une substance amoindrie, sont le corps et la force de sa Nature ; et elles existent parce que, mue par le fiat mystérieux du Suprême afin d’exécuter quelque chose qui était là-haut parmi les possibilités de l’Infini, elle a consenti au grand sacrifice et a revêtu, comme un masque, l’âme et les formes de L’Ignorance.

Mais d’une manière personnelle aussi, elle a daigné descendre ici-bas dans l’Obscurité afin de pouvoir la conduire à la Lumière, dans le Mensonge et l’Erreur afin de la convertir à la Vérité, dans cette Mort afin de la changer en une Vie divinisée, dans la douleur du monde, sa souffrance et son chagrin obstinés pour y mettre fin par l’extase transformante de son sublime Ananda.

Dans son profond et grand amour pour ses enfants, elle a consenti à revêtir le manteau de cette obscurité, condescendu à subir les attaques et les influences torturantes des pouvoirs de Ténèbres et de Mensonges, supporté de traverser le portail de cette naissance qui est une mort, pris sur elle les angoisses, les chagrins et les souffrances de la créature, car il semblait qu’ainsi seulement la création pouvait être élevée jusqu’à la Lumière, la Joie et la Vérité, jusqu’à la Vie éternelle. C’est le grand sacrifice du Pourousha, mais bien plus profondément l’holocauste de Prakriti, le sacrifice de la Mère divine.

Extrait de La Mère

Illustration : une image du CNRS, tirée d'une simulation numérique de la formation des grandes structures de l'univers montrant un échantillon de 100 millions d'années-lumière et le résultat du mouvement des galaxies.

mercredi 8 mai 2019

Les différents aspects de la Shakti : Maheshwarî (partie 3)


Impériale, Maheshwarî se tient dans la vaste étendue, au-dessus de l’esprit pensant et de la volonté ; elle les exalte et les magnifie jusqu’à la sagesse et la grandeur, ou elle les inonde d’une splendeur qui les dépasse.

Car elle est la Puissante et Sage qui nous ouvre aux infinités supramentales, à l’immensité cosmique, à la magnificence de la Lumière suprême, au trésor de connaissance miraculeuse et au mouvement illimité des forces éternelles de la Mère.

Elle est tranquille et merveilleuse, grande et calme à tout jamais. Rien ne peut l’émouvoir, car en elle est toute la sagesse ; et rien ne lui est caché qu’elle choisit de savoir ; elle comprend toutes choses et tous les êtres, leur nature et ce qui les meut, la loi du monde, ses époques et comment tout était, est et doit être.

En elle est une vigueur qui affronte et dompte toutes choses et rien ne peut prévaloir à la fin contre sa sagesse vaste et intangible et son pouvoir tranquille et supérieur.

Egale, patiente et inaltérable dans sa volonté, elle agit avec les hommes suivant leur nature, avec les choses et les évènements suivant leur Force et la vérité qui est en eux. De partialité elle n’en a aucune, mais elle suit les décrets du Suprême ; elle élève certains, et d’autres elle les abaisse ou les rejette loin d’elle dans l’obscurité.

Au sage elle donne une sagesse plus grande et plus lumineuse ; à celui qui a la vision, elle donne place à ses conseils ; à l’hostile elle impose les conséquences de son hostilité, et elle conduit l’ignorant et le sot selon leur aveuglement.

Dans chaque homme elle répond aux différents éléments de sa nature et les traite suivant leur besoin, leur impulsion et la réponse qu’ils appellent, place sur eux la pression voulue ou les laisse à leur liberté chérie pour prospérer dans les voies de l’Ignorance ou pour périr.

Car elle est au-dessus de tout, n’est liée par rien, attachée à rien dans l’univers. Pourtant elle a plus que toute autre le cœur de la Mère universelle, car sa compassion est sans fin et inépuisable. A ses yeux tous sont ses enfants et des parcelles de l’Unique, même l’asoura, le râkshasa, le pishâtcha et ceux qui sont révoltés et hostiles. Ses rejets sont simplement un ajournement, ses punitions une grâce. Mais sa compassion n’aveugle pas sa sagesse ni ne détourne son action de la ligne décrétée ; car la Vérité des choses est son seul intérêt, la connaissance est le centre de son pouvoir, et de construire notre âme et notre nature avec la Vérité divine est sa mission et son travail.

Extrait de La Mère

mardi 7 mai 2019

Les différents aspects de la Shakti : Mahâkâlî (partie 4)


Mahâkâlî est d’une autre nature. Non l’étendue mais la hauteur, non la sagesse mais la force et l’énergie sont ses pouvoirs particuliers.

Il y a en elle une intensité écrasante, une puissante passion de force d’accomplissement, une divine violence s’élançant pour briser toute limite et tout obstacle. Sa divinité entière bondit dans une splendeur d’action tempétueuse ; elle est pour la promptitude, l’opération immédiatement efficace, le coup rapide et direct, l’assaut de front qui balaye tout devant lui.

Terrible est son visage pour l’asoura, dangereuse et impitoyable sa disposition envers ceux qui haïssent le Divin, car elle est la Guerrière des Mondes qui ne recule jamais devant la bataille. Ne tolérant pas l’imperfection, elle traite rudement dans l’homme toute mauvaise volonté et elle est sévère pour ce qui est obstinément ignorant et obscur ; son courroux est immédiat et terrifiant contre la traîtrise, le mensonge et la méchanceté ; le mauvais vouloir est à l’instant frappé par son châtiment.

Elle ne peut tolérer dans le travail divin l’indifférence, la négligence et la paresse et elle fustige aussitôt, pour réveiller par la douleur, si besoin est, le dormeur intempestif ou le traînard. Les impulsions rapides, droites, et franches, les mouvements sans réserve et absolus, l’aspiration qui pointe comme une flamme sont la marche de Mahâshakti.

Son esprit est indomptable, sa vision et sa volonté atteignent haut et loin comme le vol de l’aigle, ses pieds sont rapides sur la voie ascendante et ses mains se tendent pour frapper et secourir. Car elle aussi est la Mère ; son amour est aussi intense que son courroux et sa bonté est profonde et passionnée.

Lorsqu’il lui est permis d’intervenir avec toute son énergie, elle brise en un instant, comme des choses sans consistance, les obstacles qui immobilisent l’aspirant ou les ennemis qui l’assaillent. Si sa colère est redoutable pour l’hostile et la véhémence de sa passion pénible pour le faible et le craintif, elle est aimée et adorée par le grand, le puissant et le noble ; car ils sentent que ses coups martèlent et transforment en énergie et en parfaite vérité ce qui est rebelle dans leur matière, redressent ce qui est faussé et pervers et expulsent ce qui est impur ou défectueux.

Sans elle, ce qui est fait en un jour eût pu prendre des siècles. Sans elle, l’Ananda pourrait être vaste et grave ou bien doux, tendre et beau, mais il perdrait la joie enflammée de ses intensités les plus absolues. A la connaissance, elle donne une puissance conquérante ; elle apporte à la beauté et à l’harmonie un mouvement élevé et ascendant, et confère au lent et difficile labeur vers la perfection une impulsion qui multiplie le pouvoir et raccourcit le long chemin. Rien ne peut la satisfaire qui n’atteigne les extases suprêmes, les hauteurs les plus sublimes, les buts les plus nobles, les perspectives les plus vastes.

Donc, avec elle c'est la force victorieuse du Divin et c’est par la grâce de son feu, de sa passion et de sa rapidité que le grand accomplissement peut prendre place maintenant au lieu de plus tard.

Extrait de La Mère

lundi 6 mai 2019

Les différents aspects de la Shakti : Mahâlakshmî (partie 5)


La Sagesse et la Force de sont pas les seules manifestations de la Mère suprême ; il y a dans sa nature un mystère plus subtil, sans lequel la Sagesse et la Force seraient incomplètes et la Perfection ne serait pas parfaite.

Au-dessus d’elles est le miracle de l’éternelle Beauté, secret insaisissable des harmonies divines, la magie imposante d’un charme irrésistible et universel, d’une attraction qui attire et lie les choses, les forces et les êtres et les oblige à se rencontrer et à s’unir afin qu’un Ananda caché puisse jouer de derrière le voile et faire d’eux ses rythmes et ses formes.

Tel est le pouvoir de Mahâlakshmî et aucun aspect de la divine Shakti n’est plus attrayant pour le cœur des êtres incarnés. Maheshwarî peut paraître trop calme, trop grande et trop distante à approcher ou à contenir pour la petitesse de la nature terrestre, Mahâkâlî trop rapide et redoutable à supporter pour sa faiblesse ; mais tous se tournent avec joie et ardeur vers Mahâlakshmî.

Elle jette le sortilège de la douceur enivrante du Divin. Etre proche d’elle est un bonheur profond et la sentir dans son coeur fait de l’existence une extase et une merveille. La grâce, le charme et la tendresse émanent d’elle comme la lumière du soleil, et partout où elle fixe son regard merveilleux ou laisse tomber la beauté de son sourire, l’âme est saisie, captivée et plongée dans les profondeurs d’une félicité insondable.

Magnétique est l’attouchement de ses mains ; leur influence occulte et délicate purifie l’esprit, la vie et le corps, et là où elle presse ses pieds coulent les flots miraculeux d’un Ananda qui ravit.

Et pourtant il n’est pas facile de faire face aux exigences de ce Pouvoir enchanteur ou de conserver sa présence. L’harmonie et la beauté des pensées et des sentiments, l’harmonie et la beauté dans chaque mouvement extérieur, l’harmonie et la beauté de la vie et de l’entourage, voilà ce qu’exige Mahâlakshmî. Là où il y a une affinité avec les rythmes de la félicité secrète du monde, une réponse à l’appel de la Toute-Beauté, l’harmonie l’unité et le flot joyeux de beaucoup de vies tournées vers le Divin, dans cette atmosphère elle consent à demeurer.

Mais tout ce qui est laid, mesquin et vulgaire, tout ce qui est pauvre, sordide et misérable, tout ce qui est brutal et grossier empêche sa venue. Elle ne vient pas là où l’amour et la beauté ne sont pas nés ou ne naissent qu’à regret ; là où ils sont mélangés à des choses plus basses, qui les défigurent, elle se détourne bientôt pour se retirer, ou ne se soucie point de donner ses richesses.

Si, dans les cœurs des hommes, elle se trouve entourée d’égoïsme, de haine, de jalousie, de malveillance, d’envie et de conflit, si la traîtrise, l’avidité et l’ingratitude sont mêlées au contenu du calice sacré, si la grossièreté de la passion et le désir impur dégradent la dévotion, dans de tels coeurs, la déesse gracieuse et magnifique ne s’attarde pas. Un dégoût divin la saisit et elle se retire, car elle n’est pas de ceux qui insistent ou font un effort. Ou bien, voilant sa face, elle attend que le rejet et la disparition de cet amer poison diabolique lui permettent d’établir à nouveau son heureuse influence.

Le dénuement et la sévérité ascétique ne lui sont pas agréables, non plus que la suppression des émotions les plus profondes du cœur et que la répression rigide des éléments de beauté de l’âme et de la vie. Car c’est par l’amour et la beauté qu’elle place sur les hommes le joug du Divin.

Dans ses créations suprêmes, la vie est changée en une riche œuvre d’art céleste et toute existence en un poème de délice sacré ; les richesses du monde sont assemblées et accordées pour un ordre suprême et même les choses les plus simples et les plus ordinaires deviennent merveilleuses par son intuition de l’unité et le souffle de son esprit.

Admise dans le cœur, elle élève la sagesse au faîte de l’émerveillement, elle lui révèle les secrets mystiques de l’extase qui surpasse toute connaissance, elle répond à la dévotion par l’ardent attrait du Divin, enseigne à l’énergie et à la force le rythme qui garde harmonieuse et mesurée la puissance de leurs actes et elle projette sur la perfection le charme qui le fait durer à jamais.

Extrait de La Mère