lundi 24 décembre 2018

vendredi 30 novembre 2018

Les limites de la science


La science elle-même est parvenue à la conclusion qu’elle ne peut, comme elle l’avait espéré un moment, déterminer la vérité des choses ou leur nature réelle, ou ce qu’il y a derrière les phénomènes physiques.

Elle ne peut s’occuper que du processus des choses physiques, de la manière dont elles se produisent et de ce que l’homme peut faire pour les traiter et les utiliser.

En d’autres termes, le domaine de la science physique a maintenant été décrit et délimité avec précision, et les questions concernant Dieu ou la Réalité ultime ou tous les autres problèmes métaphysiques ou spirituels sont en dehors de lui.

Les prétendues sciences qui traitent du mental et de l’homme (psychologie, etc.) dépendent tellement des sciences physiques qu’elles ne peuvent sortir de leurs étroites limites.

Si la science doit tourner son visage vers le Divin, ce doit être une science nouvelle, non encore élaborée, qui s’occuperait directement des forces du monde de la vie et du Mental, et par là arriverait à ce qui est au-delà du Mental ; mais la science d’aujourd’hui ne peut pas le faire.


Extrait de Lettres sur le Yoga

samedi 27 octobre 2018

Les chaînes (partie 3)

La liberté est la loi de l’être en son unité illimitable, le maître secret de la Nature tout entière. La servitude est la loi de l’amour en l’être qui se donne volontairement pour servir le jeu de ses autres « moi » dans la multiplicité.

Quand la liberté travaille dans les chaînes et quand la servitude devient une loi de la Force et non de l’Amour, la vraie nature des choses est déformée et le mensonge gouverne l’action de l’âme dans l’existence.

La Nature part de cette déformation et joue avec toutes les combinaisons qui peuvent en résulter avant de lui permettre d’être rectifiée. Ensuite, elle rassemble l’essence de toutes ces combinaisons en une nouvelle et féconde harmonie d’amour et de liberté.

La liberté vient d’une unité sans limites, car tel est notre être véritable. Nous pouvons trouver en nous-mêmes l’essence de cette unité ; nous pouvons aussi devenir conscients de son jeu en union avec tous les autres. Cette double expérience est le dessein intégral de l’âme dans la Nature.

Quand nous avons réalisé en nous-mêmes l’unité infinie, alors, nous donner au monde est liberté parfaite et empire absolu.

Infinis, nous sommes affranchis de la mort, car la vie devient un jeu de notre existence immortelle. Nous sommes affranchis de la faiblesse, car nous sommes la mer tout entière jouissant des myriades de chocs de ses vagues. Nous sommes affranchis du chagrin et de la douleur, car nous apprenons à harmoniser notre être avec tout ce qui le touche et à trouver en toute chose l’action et la réaction de la joie de l’existence. Nous sommes affranchis des limitations, car le corps devient un jouet de l’esprit infini et apprend à obéir à la volonté de l’âme immortelle. Nous sommes affranchis de la fièvre du mental nerveux et du cœur, et cependant nous ne sommes pas contraints à l’immobilité.

L’immortalité, l’unité et la liberté sont en nous, attendant notre découverte ; mais pour la joie de l’amour, Dieu en nous sera toujours la Multitude.

Extrait de Aperçus et Pensées

samedi 20 octobre 2018

Les chaînes (partie 2)


La mort est la question que la Nature pose continuellement à la vie pour lui rappeler qu’elle ne s’est pas encore trouvée elle-même. Sans l’assaut de la mort, la créature serait liée pour toujours à une forme imparfaite. Poursuivie par la mort, elle s’éveille à l’idée d’une vie parfaite et en cherche les moyens et la possibilité.

La faiblesse pose la même épreuve et la même question aux forces, aux énergies et aux grandeurs dont nous nous glorifions. Le pouvoir est le jeu de la vie ; il en donne la mesure et révèle la valeur de son expression. La faiblesse est le jeu de la mort qui poursuit la vie dans son mouvement et fait sentir les limites de l’énergie qu’elle a acquise.

Par la douleur et le chagrin, la Nature rappelle à l'âme que les plaisirs dont elle jouit sont seulement un faible reflet de la joie réelle de l’existence. Chaque souffrance, chaque torture de notre être contient le secret d’une flamme d’extase, devant laquelle nos plus grandes jouissances sont comme des lueurs vacillantes. C’est ce secret qui fait l’attraction de l’âme pour les grandes épreuves, pour les souffrances et les expériences terribles de la vie, alors même que notre mental nerveux les abomine et les fuit.

L’agitation fébrile et le prompt épuisement de notre être actif et de ses instruments d’action sont le signe de la Nature que le calme est notre vrai fondement et que l’excitation est une maladie de l’âme. La stérilité et la monotonie du calme pur et simple sont aussi le signe de la Nature que le jeu de l’action sur cette base inaltérable est ce qu’elle attend de nous. Dieu joue à jamais et n’est pas troublé.

Les limitations du corps sont un moule ; l’âme et le mental doivent se verser en elles, les briser et les refaçonner constamment en de plus vastes limites, jusqu’à ce que soit trouvée la formule d’accord entre cette finitude et leur propre infinité.

Extrait de Aperçus et Pensées
En illustration : une photo de Laurent Zylberman

samedi 13 octobre 2018

Les chaînes (partie 1)


Le monde entier aspire à la liberté, et pourtant chaque créature est amoureuse de ses chaînes. Tel est le premier paradoxe et l’inextricable nœud de notre nature.

L’homme est amoureux des liens de la naissance ; aussi se trouve-t-il pris dans les liens jumeaux de la mort. Dans ces chaînes, il aspire à la liberté de son être et à la maîtrise de son accomplissement.

L’homme est amoureux du pouvoir ; aussi est-il soumis à la faiblesse. Car le monde est une mer et ses vagues de force se heurtent et déferlent sans cesse les unes contre les autres ; celui qui veut chevaucher la crête d’une seule vague doit s’effondrer sous le choc de cent autres.

L’homme est amoureux du plaisir ; aussi doit-il subir le joug du chagrin et de la douleur. Car la félicité sans mélange n’existe que pour l’âme libre et sans passion ; mais ce qui poursuit le plaisir dans l’homme est une énergie qui souffre et qui peine.

L’homme est assoiffé de calme, mais il a faim aussi des expériences d’un mental agité et d’un cœur inquiet. Pour son mental, la jouissance est une fièvre, le calme, une monotone inertie.

L’homme est amoureux des limitations de son être physique, et cependant il voudrait avoir aussi la liberté de son esprit infini et de son âme immortelle.

Et quelque chose en lui éprouve une étrange attraction pour ces contrastes. Pour son être mental, ils constituent l’intensité artistique de la vie. Ce n’est pas seulement le nectar, mais le poison aussi qui attire son goût et sa curiosité.

Il existe une signification pour toutes ces choses et une délivrance de toutes ces conditions. Dans ces combinaisons les plus folles, la Nature suit une méthode, et ses nœuds les plus inextricables ont leur dénouement...

Extrait de Aperçu et Pensées

samedi 10 mars 2018

Ce destin sans ordre qui imite le hasard


Tout ce qui transparaît sur la terre et tout ce qui est au-delà
Fait partie d’un plan sans limites
Que l’Unique garde en son cœur et seul connaît.

Ce qui nous arrive au-dehors porte sa semence au-dedans
Et même ce Destin sans ordre qui imite le Hasard,
Cette masse de conséquences inintelligibles,
Sont le graphique muet de vérités qui oeuvrent, invisibles :
Les lois de l’Inconnu créent le connu.

Les évènements qui façonnent l’apparence de nos vies
Sont le message codé de pulsations subliminales
Que rarement nous surprenons ou vaguement nous sentons,
Ils sont l’effet de réalités refoulées
Qui émergent à peine au jour matériel :
Ils naissent du soleil des pouvoirs cachés de l’esprit
Se creusant un tunnel au travers de l’urgence.

Mais qui va sonder le gouffre énigmatique
Pour apprendre quelle nécessité profonde de l’âme
A déterminé l’acte fortuit et sa conséquence ?

Absorbés dans une routine d’actions quotidiennes,
Nos yeux sont fixés sur une scène extérieure ;
En entendant craquer les roues de la Circonstance
Nous nous interrogeons sur la cause cachée des choses.

Extrait de Savitri

dimanche 4 février 2018

Le labeur d'un dieu

















J'ai ramassé mes rêves dans un air argenté
Entre l’or et le bleu
Et les ai enveloppés là doucement et laissés là,
Mes rêves précieux de vous.

J’avais espéré bâtir un pont d’arc-en-ciel
Pour marier le sol au ciel
Et semer dans cette minuscule planète dansante
L’atmosphère de l’infinitude.

Mais nos cieux étaient trop brillants, trop lointains,
Trop frêle leur substance éthérée,
Trop splendide et soudaine notre lumière ne pouvait pas rester ;
Les racines n’étaient pas assez profondes.

Celui qui voudrait apporter ici les cieux
Doit descendre lui-même dans l’argile
Et porter le fardeau de la nature terrestre
Et fouler le chemin douloureux.

Forçant ma divinité je suis descendu
Ici sur cette terre sordide,
Ignorante, laborieuse, produit de l’humain
Entre les portes de la mort et de la naissance.

J’ai creusé profond et longtemps
Dans une horreur de fange et de boue
Un lit pour le chant de la rivière d’or
Une demeure pour le feu qui ne meurt pas.

Poème de Sri Aurobindo (première partie). Le texte original est en anglais : A GOD’LABOUR. La première traduction en français paraît aux Editions Sri Aurobindo Ashram, Pondichéry, en 1972. Puis Satprem en effectue une traduction pour les Editions Institut de Recherches Evolutives basées à Paris, en 2004. Le texte qui précède comporte quelques modifications par rapport aux deux traductions précédemment citées, modifications effectuées par l'auteur de ce blog, Mudita.

Illustration : Pierre Soulages, Peinture 1959

vendredi 1 décembre 2017

Les différents aspects de la Shakti : la transformation (partie 7 et fin)



Il y a d’autres grandes Personnalités de la Mère divine, mais elles étaient plus difficiles à faire descendre et elles ne se sont pas mises en avant d’une manière aussi prononcée dans l’évolution de l’esprit terrestre. Parmi elles sont des Présences indispensables à la réalisation supramentale ; la plus indispensable de toutes est la Personnalité de cette extase, cette béatitude mystérieuse et puissante qui s’écoule du suprême Amour divin, la Personnalité de l’Ananda qui seul peut remédier au gouffre entre les hauteurs les plus sublimes de l’Esprit supramental et les abîmes les plus profonds de la Matière, de l’Ananda qui tient la clef de la Vie merveilleuse la plus divine et qui, même maintenant, soutient depuis ses demeures cachées l’œuvre de tous les autres Pouvoirs de l’univers.

Mais la nature humaine limitée, égoïste et obscure est inapte à recevoir ces grandes Présences ou à supporter leur action puissante. C’est seulement quand les Quatre ont établi leur harmonie et leur liberté de mouvement dans l’esprit, la vie et le corps transformés, que ces autres Pouvoirs plus rares peuvent se manifester dans le mouvement terrestre et que l’action supramentale devient possible. Car, lorsque toutes ses Personnalités sont rassemblées en elle et manifestées, que leur action indépendante s’est changée en une unité harmonieuse et qu’elles s’élèvent jusqu’à leurs divinités supramentales, alors la Mère est révélée comme la Mahâshakti supramentale et apporte ici-bas de leur ineffable éther ses transcendances lumineuses.

La nature humaine peut être changée en une nature divine dynamique parce que toutes les lignes élémentaires de la conscience et de la force de Vérité supramentales sont accordées et que la harpe de la vie est prêtre pour les rythmes de l’Eternel.

Si vous désirez cette transformation, placez-vous sans hésitation ni résistance dans les mains de la Mère et de ses Pouvoirs et laissez-la travailler sans entrave en vous. Vous devez avoir trois choses : la conscience, la plasticité, la soumission sans réserve. Vous devez être conscient dans le mental, l’âme, et le cœur, la vie et même dans les cellules de votre corps, conscient de la Mère, de ses Pouvoirs et de leur action, car, bien qu’elle puisse travailler et travaille en vous, même dans votre obscurité et dans vos éléments inconscients et vos moments d’inconscience, ce n’est pas la même chose que lorsque vous êtes dans une communion vivante et éveillée avec elle.

Toute votre nature doit être plastique à son toucher, sans questionner comme le fait le mental ignorant et suffisant, qui interroge, doute, discute et qui est l’ennemi de sa propre illumination et transformation ; sans insister sur ses propres mouvements comme le vital dans l’homme insiste en opposant avec persistance ses désirs récalcitrants et sa mauvaise volonté à toute influence divine ; sans élever des obstacles ni se retrancher derrière l’incapacité, l’inertie et le tamas, comme le fait la conscience physique de l’homme qui s’attache à ses plaisirs dans la bassesse et l’ombre, se récrie contre tout contact qui trouble sa routine sans âme, sa paresse stupide ou sa somnolence apathique.

La soumission sans réserve de votre être intérieur et extérieur produira cette plasticité dans tous les éléments de votre nature ; la conscience s’éveillera partout en vous par une ouverture constante à la Sagesse, la Lumière, la Force, à l’Harmonie et la Beauté, à la Perfection qui se déversent d’en haut. Le corps lui-même s’éveillera, unira enfin sa conscience, qui aura cessé d’être subliminale, à la Force supraconsciente supramentale, sentira toutes les Puissances de la Mère l’imprégner d’en haut, d’en bas et d’alentour et tressaillira à l’Amour à l’Ananda suprêmes.

Mais tenez-vous sur vos gardes et n’essayez pas de comprendre et de juger la Mère Divine avec votre petit mental terrestre qui aime à soumettre même les choses qui le dépassent à ses normes et à ses mesures, à ses raisonnements étroits et à ses impressions sujettes à erreur, à son ignorance agressive et creuse et à sa connaissance pleine de mesquinerie et de suffisance.

L’esprit humain, enfermé dans la prison de sa demi-obscurité, ne peut suivre la liberté multilatérale des pas de la divine Shakti dont la rapidité et la complexité de vision et d’action dépassent la compréhension humaine hésitante.

Les mesures du mouvement de la Mère ne sont pas les mesures de l’homme. Déconcerté par le changement rapide de ses nombreuses et différentes Personnalités, par sa création et sa destruction des rythmes, par ses accélérations et ses diminutions de rapidité, par ses diverses manières d’agir avec le problème de l’un et de l’autre, par son adoption ou son rejet tantôt d’une ligne d’action et tantôt d’une autre, ou par leur réunion simultanée, l’homme ne reconnaît pas la manière d’agir de la Puissance suprême quand elle s’élève en cercles à travers le labyrinthe de l’Ignorance vers la Lumière d’en haut. Ouvrez-lui plutôt votre âme, et soyez satisfait de la sentir par la nature psychique, de la voir par la vision psychique qui, seules, répondent avec droiture à la Vérité. Alors la Mère elle-même illuminera à travers leurs éléments psychiques, votre esprit, votre cœur, votre vie et votre conscience physique et leur révélera, à eux aussi, ses voies et sa nature.

Evitez également cette erreur du mental ignorant d’exiger du Pouvoir divin d’agir toujours suivant vos notions grossières et superficielles d’omniscience et d’omnipotence. Car votre mental exige d’être impressionné à tout propos par le pouvoir miraculeux, le succès aisé et la splendeur aveuglante ; autrement il ne peut pas croire que le Divin est ici.

La Mère fait face à l’Ignorance dans le domaine de l’Ignorance ; elle est descendue ici-bas et n’est pas toute là-haut. Partiellement elle voile et partiellement elle dévoile sa connaissance et son pouvoir ; bien souvent, elle les retire de ses instruments et personnalités et elle suit, afin de les transformer, la voie du mental qui cherche, du psychique qui aspire, du vital qui combat, de la nature physique emprisonnée et douloureuse. Il y a des conditions qui ont été posées par une suprême Volonté ; il y a de nombreux nœuds emmêlés qui doivent être défaits et ne peuvent être tranchés brusquement.

L’asoura et le râkshasa contrôlent cette nature terrestre en évolution et il faut leur faire face et les conquérir selon leurs propres conditions et dans leur propre fief et domaine, celui qu’ils ont conquis depuis longtemps, l’Humain en nous doit être conduit et préparé à surpasser ses limites ; il est trop faible et obscur pour pouvoir être élevé soudain à un état qui le dépasse trop. La Conscience et la Force divines sont là et font à chaque instant ce qui est nécessaire suivant les conditions du travail ; elles prennent toujours la décision telle qu’elle est décrétée et façonnent au milieu de l’imperfection, la perfection qui doit venir.

N’écoutez pas votre mental, il ne reconnaîtra pas la Mère même si elle est manifestée devant vous. Suivez votre âme et non pas votre mental, votre âme qui répond à la Vérité, non votre mental qui saute sur les apparences ; confiez-vous à la Puissance divine et elle libérera en vous les éléments divins et façonnera tout en une expression de la Nature divine.

Le changement supramental est décidé et inévitable dans l’évolution et la conscience terrestre ; car cette conscience n’a pas terminé son ascension, et le mental n’est pas son sommet final. Mais pour que le changement arrive, prenne forme et dure, il faut qu’il y ait l’appel d’en bas avec une volonté de reconnaître et non de repousser la Lumière quand elle vient, et d’en haut la sanction du Suprême.

La puissance qui s’entremet entre la sanction et l’appel est la présence et le pouvoir de la Mère divine. Seule la puissance la Mère, et non aucun effort ou tapasyâ humains, peut briser le couvercle, déchirer le voile, façonner le vaisseau, et amener dans ce monde d’obscurité, de mensonge, de mort et de souffrance, la Vérité, la Lumière, la Vie divine et l’Ananda des immortels.


Extrait de La Mère