dimanche 6 février 2011

Le pouvoir de la vision (article en plusieurs parties) - partie 2


Vision et hallucination ne sont pas la même chose. La vision intérieure est une porte qui s’ouvre sur les plans supérieurs de conscience au-delà du mental physique et qui permet à une vérité et à une expérience plus vastes de pénétrer dans le mental et d’agir sur lui. Cette porte n’est ni la seule, ni la plus importante, mais c’est une porte qui s’ouvre très aisément à un grand nombre de sâdhak, sinon à la plupart d’entre eux, et qui peut être une aide très puissante. Cette faculté apparaît moins facilement chez les intellectuels que chez ceux qui ont un vital puissant ou un caractère émotif ou imaginatif.

Il est vrai que le domaine de la vision, comme tout autre domaine d’activité du mental humain, est un monde mélangé, et qu’il ne contient pas seulement de la vérité, mais aussi beaucoup de demi-vérités et d’erreurs. Il est vrai aussi que pour ceux qui sont impétueux et irréfléchis, entrer dans ce monde peut susciter de la confusion, des inspirations trompeuses et des voies fausses, et qu’il est plus sûr d’être guidé par ceux qui savent et qui ont l’expérience spirituelle et psychique. On doit considérer ce domaine avec calme et discernement ; mais fermer les portes et rejeter ces expériences supraphysiques ou d’autres, c’est se limiter et arrêter le développement intérieur.

Tout ce qui se développe dans la sâdhanâ, pourvu que ce soit authentique, a sa place dans la totalité de l’expérience et de la connaissance. Une connaissance des mondes occultes, des forces et des phénomènes occultes a aussi sa place. Les visions et les voix ne sont qu’une petite partie de ce vaste domaine qu’est l’expérience occulte. Quant à leur utilité, pour celui qui a l’intelligence et la discrimination, les visions ont de multiples usages ; elles en ont très peu pour ceux qui n’ont pas de discrimination ou qui ne comprennent pas.

Si l’on cultive la faculté occulte, l’expérience et la connaissance occultes, elles peuvent être très utiles, et par conséquent pratiques. En tant que telles, elles font partie de l’ouverture de la conscience intérieure et aident aussi à l’ouvrir davantage, bien qu’à cette fin elles ne soient pas indispensables.

Les visions viennent de tous les plans, il y en a de toutes sortes et elles n’ont pas toutes la même valeur. Certaines ont une grande valeur et beaucoup d’importance ; d’autres sont un jeu du mental ou du vital et ne servent que leurs propres fins particulières ; d’autres encore sont des formations du plan mental et du plan vital, dont certaines peuvent contenir une vérité, alors que d’autres sont fausses et trompeuses, ou bien peuvent être une sorte d’esthétisme de ce plan. Elles peuvent avoir une importance considérable dans le développement de la première conscience yoguique, celle du mental intérieur, du vital intérieur, du physique intérieur, ou pour ouvrir à la compréhension occulte de l’univers.

Les visions authentiques peuvent aider au progrès spirituel ; j’entends par là celles qui nous montrent des réalités intérieures : on peut, par exemple, rencontrer Krishna, s’entretenir avec lui et entendre sa voix dans une vision intérieure « réelle », tout aussi réelle que n’importe quel événement du plan extérieur. En voir seulement son image n’est pas la même chose que le rencontrer en personne. Mais le portrait au mur n’est pas forcement sans utilité pour la vie spirituelle.

Tout ce que l’on peut dire, c’est que l’on ne doit pas trop s’attacher à ce don et à ce qu’il nous montre, mais il n’est pas non plus nécessaire de le dénigrer. Il a sa valeur, et son utilité spirituelle peut parfois se révéler considérable. Mais naturellement, ce n’est pas primordial, ce qui l’est c’est la réalisation, le contact, l’union avec le Divin, la bhakti, la transformation de la nature, etc.

Extrait de Lettres sur le Yoga, Tome 4

En illustration : l'escalier du Château de Maulnes, dans l'Yonne, photo de Mudita.