mardi 15 décembre 2009

Les différents aspects de la Shakti : Mahâkâlî (partie 4)


Mahâkâlî est d’une autre nature. Non l’étendue mais la hauteur, non la sagesse mais la force et l’énergie sont ses pouvoirs particuliers.

Il y a en elle une intensité écrasante, une puissante passion de force d’accomplissement, une divine violence s’élançant pour briser toute limite et tout obstacle. Sa divinité entière bondit dans une splendeur d’action tempétueuse ; elle est pour la promptitude, l’opération immédiatement efficace, le coup rapide et direct, l’assaut de front qui balaye tout devant lui.

Terrible est son visage pour l’asoura, dangereuse et impitoyable sa disposition envers ceux qui haïssent le Divin, car elle est la Guerrière des Mondes qui ne recule jamais devant la bataille. Ne tolérant pas l’imperfection, elle traite rudement dans l’homme toute mauvaise volonté et elle est sévère pour ce qui est obstinément ignorant et obscur ; son courroux est immédiat et terrifiant contre la traîtrise, le mensonge et la méchanceté ; le mauvais vouloir est à l’instant frappé par son châtiment.

Elle ne peut tolérer dans le travail divin l’indifférence, la négligence et la paresse et elle fustige aussitôt, pour réveiller par la douleur, si besoin est, le dormeur intempestif ou le traînard. Les impulsions rapides, droites, et franches, les mouvements sans réserve et absolus, l’aspiration qui pointe comme une flamme sont la marche de Mahâshakti.

Son esprit est indomptable, sa vision et sa volonté atteignent haut et loin comme le vol de l’aigle, ses pieds sont rapides sur la voie ascendante et ses mains se tendent pour frapper et secourir. Car elle aussi est la Mère ; son amour est aussi intense que son courroux et sa bonté est profonde et passionnée.

Lorsqu’il lui est permis d’intervenir avec toute son énergie, elle brise en un instant, comme des choses sans consistance, les obstacles qui immobilisent l’aspirant ou les ennemis qui l’assaillent. Si sa colère est redoutable pour l’hostile et la véhémence de sa passion pénible pour le faible et le craintif, elle est aimée et adorée par le grand, le puissant et le noble ; car ils sentent que ses coups martèlent et transforment en énergie et en parfaite vérité ce qui est rebelle dans leur matière, redressent ce qui est faussé et pervers et expulsent ce qui est impur ou défectueux.

Sans elle, ce qui est fait en un jour eût pu prendre des siècles. Sans elle, l’Ananda pourrait être vaste et grave ou bien doux, tendre et beau, mais il perdrait la joie enflammée de ses intensités les plus absolues. A la connaissance, elle donne une puissance conquérante ; elle apporte à la beauté et à l’harmonie un mouvement élevé et ascendant, et confère au lent et difficile labeur vers la perfection une impulsion qui multiplie le pouvoir et raccourcit le long chemin. Rien ne peut la satisfaire qui n’atteigne les extases suprêmes, les hauteurs les plus sublimes, les buts les plus nobles, les perspectives les plus vastes.

Donc, avec elle c'est la force victorieuse du Divin et c’est par la grâce de son feu, de sa passion et de sa rapidité que le grand accomplissement peut prendre place maintenant au lieu de plus tard.

Extrait de La Mère