mardi 10 septembre 2013

Le Rêve Crépusculaire - Partie 2


Dans cette formidable obscurité lourde et nue

Elle expia pour tout, depuis l'acte premier d'où jaillit

L'erreur de la conscience du Temps,

La rupture du sceau du sommeil de l'Inconscient,

La révolte primordiale et impardonnable qui brisa

La paix et le silence du Néant

Qui était avant qu'un semblant d'univers

Apparaisse dans la vanité d'un espace imaginaire

Et que la vie se lève engendrant la douleur et la souffrance :

Une grande Négation était la face du Réel

Interdisant le vain processus du Temps :

Et quand il n'y a plus de monde, plus de créature,

Quand l'intrusion du Temps a été supprimée,

Elle durera, désincarnée, sauvée de la pensée, en paix.

Maudite en ce qui fut sa source divine,

Condamnée à vivre pour toujours vide de béatitude,

Son immortalité étant son châtiment,

Son esprit, coupable d'être, voué à errer,

Se déplaçant à jamais dans une Nuit éternelle.

Mais Maya est un voile de l'Absolu ;

Une Vérité occulte a fait ce puissant monde :

La sagesse et la connaissance en soi de l'Éternel agissant

Dans le mental ignorant et dans les pas du corps.

L'Inconscient est le sommeil du Supraconscient.

Une Intelligence incompréhensible

Invente le paradoxe profond de la création ;

La pensée spirituelle bourre les formes de la Matière,

Invisible elle projette une énergie muette

Et accomplit un miracle avec une machine.

Ici, tout est un mystère de contraires :

L'obscurité, la magie de la lumière se cachant à elle-même,

La souffrance, le masque tragique d'une extase secrète

Et la mort, un instrument de vie perpétuelle.

Bien que la Mort marche à côté de nous sur la route de la Vie,

Un assistant blafard dès le début du corps

Et un jugement dernier des œuvres futiles de l'homme,

Extrait de Savitri, Livre X / Le Livre du Double Crépuscule ; Chant 1 / Le Rêve Crépusculaire de l’Idéal ; Traduit par La Mère

En illustration : une création de Mudita, collage et tehniques mixtes sur papier

dimanche 1 septembre 2013

Le Rêve Crépusculaire - Partie 1



Tout était encore obscur, redoutable, désolé ;

Il n'y avait aucun changement, ni aucun espoir de changement.

Dans ce rêve noir qui était la maison du Vide,

Une marche vers Nulle part dans la terre du Néant,

Toujours ils allaient à la dérive sans objet ni but ;

L'affliction menait à une pire affliction, la mort à une mort plus vide encore,

Dans quelque Vastitude sans but du Non-Être.

À travers des déserts informes, muets et inconnaissables.

Un rayon inefficace de lumière souffrante

À travers l'obscurité désespérante, suivait leurs pas

Comme le souvenir d'une gloire perdue ;

Tout en croissant, il semblait irréel, là,

Cette zone formidable encore hantée par le frisson du Néant,

Inassouvissable, perpétuelle, solitaire, nulle,

Le spectre blême de quelque éternité défunte.

C'était comme si elle devait, maintenant, payer sa dette,

Sa présomption vaine d'exister et de penser,

À une Maya brillante qui conçut son âme.

Ceci, plus que tout, elle doit absoudre avec des angoisses interminables,

Son péché originel profond, la volonté d'être

Et le dernier péché, le plus grand, la fierté spirituelle,

Qui, faite de poussière, s'égale au ciel,

Son mépris du ver se tortillant dans la boue,

Condamnée, éphémère, née du rêve de la Nature,

Le refus du rôle de la créature transitoire,

La prétention d'être une flamme vivante de Dieu,

La volonté d'être immortelle et divine.

Extrait de Savitri, Livre X / Le Livre du Double Crépuscule ; Chant 1 / Le Rêve Crépusculaire de l’Idéal ; Traduit par La Mère

En illustration : une création de Mudita, collage et tehniques mixtes sur papier