samedi 30 novembre 2013

Le Rêve Crépusculaire - Partie 3


Tout autre est l'énigme de sa face ambiguë : 

La mort est un escalier, une porte, une enjambée trébuchante
 
Que l'âme doit prendre pour traverser d'une naissance à l'autre,

Une défaite grise grosse de la victoire, 

Un fouet pour nous cingler vers l'état où nous ne mourrons plus. 

Le monde inconscient est la chambre de l'esprit faite par lui-même, 

La Nuit éternelle, l'ombre du Jour éternel. 

La Nuit n'est pas notre commencement ni notre fin ; 

Elle est la sombre Mère dans les flancs de laquelle nous nous sommes cachés

En sécurité contre un éveil trop rapide à la douleur du monde. 

Nous sommes venus à elle d'une Lumière supernelle, 

Par la Lumière nous vivons et vers la Lumière nous allons. 

Ici dans ce siège de l'Obscurité muette et solitaire, 

Au cœur du Néant sans fin 

Même maintenant, la Lumière a conquis par ce faible rayon : 

Sa pâle infiltration a foré l'aveugle et sourde masse ; 

Elle s'est presque changée en un spectacle vacillant 

Qui logeait le fantôme d'un Soleil doré 

Dont l'orbe donna un regard à l'œil du Néant. 

Une flamme d'or pénétra et brûla le cœur de la Nuit ;
 
Sa sombre carence mentale commença à rêver ; 

L'Inconscient devint conscient, la Nuit sentit et pensa.

Assaillie dans le vide souverain de son règne 

L'Obscurité intolérante pâlit et se retira 

Au point que seules quelques marques noires tachaient le Rayon.

Mais sur le bord défaillant d'un espace perdu, muet, 

Un grand corps de dragon se dessine encore, morose 

Adversaire de l'Aurore qui lutte lentement 

Défendant son terrain de mystère torturé, 

Il traîna ses replis dans l'air mort martyrisé 

Et se recourbant, dégringola la pente grise du Temps.

Extrait de Savitri, Livre X / Le Livre du Double Crépuscule ; Chant 1 / Le Rêve Crépusculaire de l’Idéal ; Traduit par La Mère
En illustration : une création de Mudita, collage et techniques mixtes sur papier