dimanche 18 septembre 2011

Foi et Shakti (Article en plusieurs parties - partie n°6 -fin)

La foi que l'on demande de nous, non seulement dans son principe général mais dans son application constante et détaillée, équivaut à un vaste assentiment, toujours plus grand, toujours plus pur, plus complet, plus fort, de l'être tout entier et de toutes ses parties à la présence et à la direction de Dieu et de la Shakti.
Mais la foi en la Shakti, tant que nous ne sommes pas conscients de sa présence et remplis par elle, doit nécessairement être précédée, ou du moins accompagnée, d'une solide foi virile en notre propre volonté et en notre propre énergie spirituelle, en notre propre pouvoir d'avancer victorieusement vers l'unité, vers la liberté et la perfection. La foi de l'homme en lui-même, en ses idées, ses pouvoirs, lui est donnée afin qu'il puisse oeuvrer et créer, s'élever à des hauteurs plus grandes, et finalement, au bout du chemin, apporter sa force comme une noble offrande sur l'autel de l'Esprit. Cet esprit ne sera pas conquis par le faible, dit l'Écriture, nâyam âtrnâ balahînéna labhyah. Chaque manque de confiance en soi paralysant doit être repoussé, chaque doute en notre pouvoir d'accomplir, car c'est un faux acquiescement à l'impuissance, c'est une imagination de faiblesse et une négation de la toute-puissance de l'esprit. Une incapacité actuelle, si lourde semble son poids, est seulement une épreuve de la foi et une difficulté temporaire.

Céder à un sentiment d'incapacité est un non-sens pour le chercheur du yoga intégral, puisque son but est le développement d'une perfection qui est déjà là, latente en son être - car l'homme porte en lui-même, dans son propre esprit, la semence de la vie divine, et, par conséquent, la possibilité de succès est contenue et impliquée dans l'effort même, et la victoire assurée parce que, derrière, se trouvent l'appel et la direction d'un pouvoir omnipotent.

Mais en même temps, cette foi en nous-mêmes doit être purifiée de toute trace d'égoïsme râdjasique et de tout orgueil spirituel. Le sâdhak doit se rappeler, autant que possible, que sa force n'est pas la sienne au sens égoïste, mais celle de la Shakti divine universelle, et que tout égoïsme dans l'usage qu'il fait de la Shakti est nécessairement une cause de limitation et finalement un obstacle. Le pouvoir de la Shakti divine universelle derrière notre aspiration est illimité, et, si nous y faisons appel comme il faut, il ne peut manquer de se déverser en nous et de faire disparaître toute incapacité et tout obstacle, tôt ou tard ; car, bien que le temps et la durée de nos luttes dépendent au début (comme un instrument et partiellement) de la force de notre foi et de notre effort, ils sont pourtant, en fin de compte, entre les mains de la sage détermination de l'Esprit secret qui seul est le Maître du yoga : l'Îshwara.

La foi en la Shakti divine doit être toujours l'appui secret de notre force, et quand Elle se manifeste, cette foi doit être sans réserve et devenir complète. Rien ne lui est impossible, car Elle est le Pouvoir conscient, la Divinité universelle qui crée toute chose de toute éternité : Elle est armée de l'omnipotence de l'Esprit. Toute connaissance, toute force, tous les triomphes et les victoires, toutes les habiletés et les oeuvres sont entre ses mains, et ses mains sont pleines des trésors de l'Esprit, emplies de toutes les perfections, toutes les siddhi. Elle est Mahéshwarî, la déesse de la connaissance suprême, et Elle nous apporte sa vision de toutes les sortes de vérité, les immensités de la vérité, la rectitude de sa volonté spirituelle, le calme et la passion de son ampleur supramentale, la félicité de son illumination ; Elle est Mahâkâlî, la déesse de la force suprême : avec Elle, se trouvent toutes les puissances, toutes les vigueurs spirituelles, les austérités des plus sévères tapas et la rapidité dans la bataille, la victoire et le rire (attahâsya) qui se fait un jeu de la défaite, de 1a mort et des pouvoirs de l'ignorance ; Elle est Mahâlakshmî, la déesse de l'amour et de la félicité suprêmes : ses dons sont la grâce de l'esprit, le charme et la beauté de l'Ananda, la protection et toutes les bénédictions divines et humaines ; Elle est Mahâsaraswatî, la déesse de l'habileté divine et des oeuvres de l'Esprit : avec Elle, est le yoga qui est l'habileté dans les oeuvres, yogah karmasou kaushalam, les utilités pratiques de la connaissance divine, l'application de l'esprit à la vie et le bonheur des harmonies spirituelles. Et en chacun de ses pouvoirs, chacune de ses formes, Elle recèle le sens suprême des maîtrises de l'Ishwarî éternelle, l'aptitude rapide et divine aux activités de toutes sortes que l'instrument peut être appelé à entreprendre, l'unité, la sympathie qui partage, la libre identité avec toutes les énergies dans tous les êtres et, par suite, l'harmonie spontanée, fructueuse, avec la volonté divine dans l'univers. Le sentiment intime de sa présence et de ses pouvoirs, l'heureux acquiescement de tout l'être à ses oeuvres en nous et autour de nous, telle est l'ultime perfection de la foi en la Shakti.

Mais, derrière Elle, se trouve l'Îshwara ; or, la foi en l'Îshwara est l'élément le plus central de la shraddhâ du yoga intégral. Nous devons avoir cette foi (une foi qu'il faut pousser à la perfection) que toutes choses sont l'oeuvre d'une connaissance et d'une sagesse suprêmes dans les conditions de l'univers, que rien de ce qui se fait en nous ou autour de nous n'est en vain et sans sa place assignée ou son sens juste, que tout est possible quand l'Îshwara, notre Moi et Esprit suprême, entreprend l'action, et que tout ce qui a été fait avant et tout ce qu'il fera dans l'avenir faisait partie et fera partie de sa direction prévoyante, infaillible, et visait à la fructification de notre yoga, de notre perfection et du travail de notre vie.

Plus la connaissance supérieure s'ouvrira, plus cette foi se trouvera justifiée ; nous commencerons à voir les grandes et petites significations qui avaient échappé à notre mentalité limitée : la foi se changera en connaissance. Alors, sans aucun doute possible, nous verrons que tout ce qui arrive fait partie de l'oeuvre de l'unique volonté, et que cette volonté était aussi une sagesse, car elle façonne sans cesse la marche exacte du moi et de la nature dans la vie. L'état suprême de l'acquiescement, la shraddhâ de l'être sera parfaite, quand nous sentirons la présence de l'Îshwara, percevrons que toute notre existence, toute notre conscience, notre pensée, notre volonté, notre action, sont entre ses mains et qu'en toutes choses nous consentirons avec toutes les parties de notre être et de notre nature à la volonté directe et immanente de l'Esprit qui nous habite. Cette perfection suprême de la shraddhâ sera aussi la porte d'entrée et le fondement parfait de l'énergie divine : quand la shraddhâ sera complète, elle sera la base de la croissance, de la manifestation et des oeuvres de la lumineuse Shakti supramentale.

Un extrait de La Synthèse des Yogas - Volume 3 : le Yoga de la Perfection de soi

En illustration : pastel à l'huile et encre sur papier, de Mudita

dimanche 11 septembre 2011

Foi et Shakti (Article en plusieurs parties - partie n°5)

Le progrès du yoga est semblable à un lent cheminement qui part de l'ignorance mentale et passe par des formations imparfaites pour aboutir à un fondement de connaissance parfait et à une connaissance grandissante.

Dans ses parties plus positivement satisfaisantes, c'est un mouvement qui va d'une lumière à une autre lumière plus vaste, et il ne peut cesser jusqu'à ce que nous arrivions à la suprême lumière de la connaissance supramentale.

Les mouvements du progrès mental sont nécessairement mélangés à une proportion d'erreur plus ou moins grande, mais nous ne devons pas permettre à notre foi d'être déconcertée par la découverte de ces erreurs, ni imaginer que notre foi première en l'âme n'est plus valable sous prétexte que les croyances intellectuelles qui nous avaient aidés étaient trop hâtives et trop tranchantes. L'intellect humain a trop peur de l'erreur, justement parce qu'il est trop attaché à un sentiment prématuré de certitude et que son ardeur est trop empressée d'arriver au sommet absolu de ce qu'il croyait avoir saisi de la connaissance.


Plus notre expérience de nous-même grandit, plus nous nous apercevons que même nos erreurs étaient des mouvements nécessaires ; qu'elles apportaient avec elles et déposaient leur sédiment de vérité ou leur suggestion de vérité, et qu'elles avaient aidé à la découverte ou prêté leur appui à un effort nécessaire, et que les certitudes qu'il nous faut abandonner maintenant avaient tout de même leur validité temporaire dans le progrès de notre connaissance.

L'intellect ne peut pas être un guide suffisant dans la recherche de la vérité et de la réalisation spirituelles, et, pourtant, il doit être utilisé dans le mouvement intégral de notre nature. Par conséquent, même si nous devons rejeter les doutes paralysants ou le scepticisme purement intellectuel, l'intelligence chercheuse doit néanmoins s'entraîner à une large remise en question, à une rectitude intellectuelle qui ne se satisfait point des demi-vérités, des mélanges d'erreurs ou d'approximations et, surtout, plus positivement et plus utilement, elle doit être toujours prête à aller de l'avant et à passer des vérités déjà acquises ou acceptées à des vérités rectificatives plus vastes, plus complètes, plus transcendantes, que tout d'abord elle avait été incapable d'accepter, ou peut-être même peu encline à envisager. Une foi pratique de l'intellect est indispensable - non pas une croyance superstitieuse, dogmatique, limitative, qui s'accroche à chaque support et à chaque formule temporaires, mais un large assentiment aux suggestions successives et aux étapes progressives de la Shakti : une foi fixée sur les réalités et qui s'avance des réalités moindres vers des réalités plus complètes, prête à jeter bas tous les échafaudages pour retenir seulement la vaste structure qui grandit.

Une shraddhâ constante, une foi, un consentement constants du coeur et de la vie sont également indispensables. Mais tant que nous sommes dans la nature inférieure, le consentement du coeur est teinté d'émotions mentales, et les mouvements de la vie s'accompagnent d'un sillage de désirs troublants et de tensions. Or, les émotions mentales et le désir amènent la confusion, ils altèrent plus ou moins grossièrement ou subtilement la vérité et la déforment, et, toujours, ils apportent quelque limitation ou imperfection dans la réalisation que le coeur et la vie peuvent avoir de la vérité. Le coeur aussi, quand il est dérangé dans ses attachements et ses certitudes, troublé par des déconvenues ou des échecs, convaincu d'erreur, ou lorsqu'il s'est engagé dans la lutte qui l'enjoint à dépasser ses positions assurées, il a ses traînardises, ses lassitudes, ses chagrins, ses révoltes, ses résistances qui entravent le progrès. Il doit apprendre à avoir une foi plus large et plus sûre et, au lieu de répondre par des réactions mentales, donner une acceptation spirituelle calme ou vibrante aux manières et aux mesures de la Shakti - une acceptation qui, en fait, est l'assentiment d'un Ananda de plus en plus profond à tous les mouvements nécessaires, un empressement à quitter les vieilles amarres pour avancer toujours plus loin vers la félicité d'une perfection supérieure.

Le mental-vital doit donner son assentiment aux impulsions, aux activités et aux mobiles successifs de la vie qui lui sont imposés par le pouvoir-guide comme des aides ou des terrains de développement de la nature ; il doit donner son assentiment aussi aux mouvements successifs du yoga intérieur, mais il ne doit avoir nul attachement et ne demander nulle part de halte ; toujours, il doit être prêt à quitter les vieilles urgences et à accepter, avec le même assentiment complet, des activités et des mouvements nouveaux plus élevés ; et il doit apprendre à remplacer le désir par un vaste Ananda clair dans toutes les expériences et dans toutes les actions. Comme la foi de l'intelligence, la foi du coeur et la foi du mental-vital doivent être capables de se rectifier, s'élargir et se transformer constamment.

Essentiellement, cette foi est la shraddhâ secrète de l'âme ; elle émerge de plus en plus à la surface et s'affermit, s'entretient, s'accroît avec la solidité et la certitude grandissantes de l'expérience spirituelle. Ici aussi, cette foi en nous doit être sans attachement ; elle doit se mettre à la disposition de la Vérité et être prête à changer, à élargir sa compréhension des expériences spirituelles, à corriger les idées erronées ou à demi vraies qu'elle pouvait avoir et à recevoir des interprétations plus illuminatrices, à remplacer les intuitions insuffisantes par des intuitions plus suffisantes et à refondre en des combinaisons plus satisfaisantes des expériences qui, sur le moment, avaient semblé définitives et satisfaisantes, en les combinant d'une façon plus satisfaisante à des expériences nouvelles, des largeurs et des transcendances plus vastes. Dans le domaine psychique surtout et les autres domaines intermédiaires, les possibilités d'erreurs fourvoyantes et souvent captivantes sont considérables ; c'est ici que même une certaine somme de scepticisme positif a son utilité, et, en tout cas, une grande précaution et une rectitude intellectuelle scrupuleuse, mais non le scepticisme du mental ordinaire qui équivaut à une négation paralysante.

Dans le yoga intégral, les expériences psychiques (surtout celles qui s'associent à ce qu'on appelle souvent “occultisme” et qui tiennent du miraculeux) doivent être complètement subordonnées à la vérité spirituelle et s'en remettre à elle pour être interprétées, illuminées, autorisées. Mais même dans le domaine purement spirituel, il existe des expériences partielles et, bien qu'attrayantes, elles n'acquièrent leur validité et leur signification complètes ou leur application correcte que quand nous parvenons à une expérience plus totale. Et il existe d'autres expériences, qui en elles-mêmes sont tout à fait valables, complètes, absolues, mais qui, si nous nous y enfermons, empêchent d'autres aspects de la vérité spirituelle de se manifester et, ainsi, tronquent l'intégralité du yoga. Par exemple, la profonde quiétude absorbante de la paix impersonnelle qui survient avec l'immobilisation du mental est une expérience complète et absolue en soi, mais si nous en restons là, elle fermera la porte à son compagnon absolu (non moins grand, non moins nécessaire, non moins vrai) de la béatitude de l'action divine. Ici aussi, notre foi doit être un acquiescement à recevoir toutes les expériences spirituelles, mais avec une large ouverture, un empressement à vouloir toujours plus de lumière et de vérité, une absence de tout attachement limitateur et sans jamais s'accrocher aux formes qui pourraient entraver la marche en avant de la Shakti vers l'intégralité de l'être, de la conscience, de la connaissance, de l'action et du pouvoir spirituels et vers la totalité de l'Ananda unique et innombrable.

Un extrait de La Synthèse des Yogas - Volume 3 : le Yoga de la Perfection de soi

jeudi 8 septembre 2011

Foi et Shakti (Article en plusieurs parties - partie n°4)

Cette shraddhâ (le mot anglais “faith”, ou le mot français “foi” est inadéquat pour l'exprimer) est en fait une influence venue de l'Esprit suprême et de sa lumière, un message de notre être supramental qui appelle la nature inférieure à sortir de son petit état actuel et à s'élever à un vaste devenir, un dépassement de soi.

Or, ce qui reçoit l'influence et répond à l'appel, n'est pas tant l'intellect, le coeur ni le mental-vital, que l'âme intérieure qui voit avec plus de clairvoyance la vérité de sa propre destinée et de sa mission.

Les circonstances qui déterminent notre première entrée sur le chemin ne sont pas l'indice véritable de l'être qui oeuvre en nous. À ce stade, l'intellect, le coeur ou les désirs du mental-vital peuvent jouer un rôle prépondérant, ou même les accidents fortuits et les stimulants extérieurs ; mais s'il n'y a pas autre chose, nous ne pouvons guère être sûrs de notre fidélité à l'appel ni de notre persévérance endurante dans le yoga. L'intellect peut abandonner l'idée qui l'avait séduit, le coeur se fatiguer ou nous manquer, le désir du mental-vital se tourner vers d'autres objets. Mais les circonstances extérieures ne sont qu'une couverture des opérations véritables de l'esprit et si c'est l'esprit qui a été touché, si c'est l'âme intérieure qui a reçu l'appel, la shraddhâ restera ferme et résistera à toutes les tentatives qui voudraient l'abattre ou la détruire. Non pas que les doutes de l'intellect ne viendront pas à l'assaut, que le coeur ne vacillera pas, que le désir du mental-vital, désappointé, ne retombera pas épuisé au bord du chemin. Tout cela est presque inévitable parfois - souvent peut-être, surtout pour nous, fils d'un âge d'intellectualité, de scepticisme et de négation matérialiste de la vérité spirituelle, un âge qui n'a pas encore secoué les nuages qu'il a peints sur la face du soleil d'une réalité plus vaste et qui résiste encore à la lumière de l'intuition spirituelle et de l'expérience profonde.

Très probablement, ces obscurcissements pénibles seront nombreux ; les Rishis védiques eux-mêmes, si souvent, se sont plaints de ces “longs exils de la lumière” ; et ces obscurcissements peuvent être si épais, la nuit de l'âme si noire, que la foi peut sembler nous avoir totalement quittés. Mais tout du long, l'esprit au-dedans garde son emprise invisible, et l'âme reviendra avec une force nouvelle à sa certitude qui était seulement éclipsée mais non éteinte, car, éteinte, elle ne peut l'être une fois que le moi intérieur a connu cela et pris sa résolution - samkalpa, vjavasâya. Tout du long, le Divin tient notre main, et s'il semble nous laisser chuter, c'est seulement pour nous soulever plus haut. L'expérience de ces retours sauveurs, nous l'aurons si souvent que les démentis du doute deviendront finalement impossibles et, une fois le fondement d'égalité solidement établi ou, plus encore, quand le soleil de la gnose se sera levé, même le doute disparaîtra, parce que sa cause et son utilité auront cessé.

En outre, ce n'est pas seulement la foi en les principes fondamentaux, dans les idées et la voie du yoga, qui est nécessaire, mais, jour après jour, une foi pratique en notre propre pouvoir de réalisation, en les pas que nous avons accomplis sur le chemin, en les expériences spirituelles qui viennent à nous, en les intuitions, les mouvements qui guident la volonté et l'impulsion, en les intensités émues du coeur et les aspirations, en les accomplissements de la vie qui viennent aider, entourer et marquer les étapes de l'élargissement de la nature, stimuler ou jalonner les degrés de l'évolution de l'âme. Aussi, il faut toujours se souvenir que nous partons de l'imperfection et de l'ignorance, et que nous sommes en route vers la lumière et la perfection ; par conséquent, la foi en nous doit être libre de tout attachement aux formes de notre effort et aux étapes successives de notre réalisation.

Non seulement il y aura bien des choses en nous qui seront fortement soulevées afin d'être extirpées et rejetées, une bataille des pouvoirs de l'ignorance et de la nature inférieure contre les pouvoirs supérieurs qui doivent les remplacer, mais il y aura aussi des expériences, des états de pensée et de sentiment, des formes de réalisation - utiles et acceptables en cours de route, et qui peuvent nous apparaître, sur le moment, comme des sommets spirituels -, mais qui, plus tard, nous nous en apercevrons, sont des étapes de transition à dépasser. Alors la foi pratique qui les avait soutenus doit être retirée en faveur de formes plus larges, ou de réalisations et d'expériences plus pleines, plus vastes, qui prendront leur place ou en lesquelles ils seront intégrés et complétés dans une transformation enrichissante.

Pour le chercheur du yoga intégral, il ne peut pas y avoir d'attachement aux lieux de repos en route ni aux demeures à mi-chemin ; il ne peut pas être satisfait tant qu'il n'aura pas établi totalement les grandes bases durables de sa perfection et débouché sur les infinitudes larges et libres - et même alors, il doit constamment se remplir d'expériences nouvelles de l'Infini. Son progrès est une ascension de niveau en niveau et chaque hauteur nouvelle s'ouvre sur d'autres perspectives, d'autres révélations de tout ce qui reste encore à accomplir, bhoûri kartwam, jusqu'au jour où la Shakti divine, enfin, prendra en main toute notre entreprise et le chercheur n'aura plus, alors, qu'à adhérer et à participer joyeusement à Ses oeuvres lumineuses dans une union consentante.

Ce qui le soutiendra tout au long de ces changements, ces luttes, ces transformations - qui autrement peuvent être décourageantes, déconcertantes, car l'intellect, la vie et les émotions veulent toujours s'emparer trop vite du but, se fixer à des certitudes prématurées, et se laissent volontiers aller à l'affliction ou au rechignement quand ils sont forcés d'abandonner ce sur quoi ils se reposaient -, c'est une foi solide en la Shakti qui travaille et une confiance en la direction du Maître du Yoga dont la sagesse n'est pas pressée et dont chaque pas, en dépit de toutes les perplexités du mental, est assuré, juste, ferme, parce que chacun se fonde sur une parfaite compréhension des transactions avec les nécessités de notre nature.

Un extrait de La Synthèse des Yogas - Volume 3 : le Yoga de la Perfection de soi