samedi 29 janvier 2011

Le pouvoir de la vision (article en plusieurs parties) - partie 1


Toutes les visions ont une signification d’un genre ou d’un autre. Ce pouvoir de vision est très important pour le yoga et ne doit pas être rejeté, bien qu’il ne soit pas d’importance primordiale : le plus important étant la transformation de la conscience. Tous les autres pouvoirs, tel ce pouvoir de vision, doivent être cultivés sans attachement, comme des parties du yoga et des aides sur le chemin.

Les visions ne viennent pas du plan spirituel, elles viennent des plans du physique subtil, du vital, du mental, du psychique ou des plans supérieurs au Mental. Ce qui vient du plan spirituel, ce sont les expériences du Divin, par exemple, l’expérience du Soi partout, du Divin en tous, etc.

C’est très bien d’avoir des visions et des expériences (surtout des expériences), mais on ne peut pas s’attendre à ce que chaque vision se traduise en un fait physique correspondant. Pour certaines visions, il en est ainsi, mais pas dans la majorité des cas. D’autres appartiennent tout entières au domaine supraphysique et sont l’indications de réalités, de possibilités ou de tendances qui y ont leur siège. Dans quelles mesure elles influenceront la vie, s’y réaliseront ou même auront un effet quelconque, dépend de la nature de la vision, du pouvoir qu’elle contient, parfois de la volonté ou du pouvoir formateur du voyant.

Les gens attachent du prix aux visions pour la raison suivante : elles sont l’une des clés (et non la seule) qui mettent le sâdhak (le chercheur) en rapport avec les autres mondes ou les mondes intérieurs et avec ce qu’ils contiennent, et ces régions sont d’une richesse immense, infiniment plus grande que le plan physique tel qu’il est à présent. On pénètre dans un moi plus vaste et plus libre, dans un monde plus vaste et plus souple ; les visions isolées ne font évidemment que permettre un contact et non ouvrir véritablement l’accès à ces mondes, mais le pouvoir de vision, accompagné du pouvoir d’autres sens subtils (ouie, toucher, etc.), à mesure qu’il s’élargit, permet d’y pénétrer. Ces facultés n’ont pas le même effet qu’une simple imagination (comme celle du poète ou de l’artiste, bien que celle-ci puisse avoir une certaine force), et si on les cultive à fond, elles apportent un développement continu de l’être, de la conscience, de sa richesse d’expériences et de son étendue.

Les gens accordent aussi de la valeur au pouvoir de vision pour une raison plus élevée : il peut apporter un premier contact avec le Divin dans ses formes et ses pouvoirs ; il peut ouvrir à une communion avec le Divin, à l’audition de la Voix qui guide, à la Présence autant qu’à l’image dans le cœur, à bien d’autres choses qui apportent à l’homme ce qu’il cherche à atteindre par la religion ou le yoga.

De plus, la vision est précieuse parce qu’elle est souvent une première clé d’accès aux plans intérieurs de son propre être et de sa conscience, par opposition aux mondes ou aux plans de la conscience cosmique. L’expérience yoguique commence souvent par une ouverture du «troisième œil» dans le front (centre de la vision entre les sourcils) ou par une sorte de déclenchement et d’extension de la vision subtile, qui peut sembler sans importance au début, mais annonce une expérience plus profonde. Même quand elle n’a pas ce caractère - car on peut accéder directement à l’expérience - elle peut apparaître plus tard comme une aide puissante à l’expérience ; elle peut être pleine d’indications qui mènent à la Connaissance de Soi, à la connaissance des choses ou à la connaissance des personnes : elle peut être vérifiée et mener à la prévision, à la prémonition et à d’autres ouvertures dont l’importance est moindre, mais qui sont très utiles à un yogi.

Bref, la vision est un instrument important, bien qu’elle ne soit pas absolument indispensable. Cependant comme je l’ai laissé entendre, il y a vision et vision, tout comme il y a rêve et rêve ! Il faut cultiver le discernement et le sens des valeurs et des choses, et savoir comprendre et utiliser ces pouvoirs.

Extrait de Lettres sur le Yoga, Tome 4

En illustration : Les Yeux Clos, huile sur toile marouflé sur carton, d'Odilon Redon, 1890 ; actuellement au Musée d'Orsay, Paris

dimanche 9 janvier 2011

L'attitude dans le travail


Rentrer entièrement en soi-même pour avoir des expériences et négliger le travail, la conscience extérieure, c’est être déséquilibré et trop pencher d’un coté de la sâdhanâ - car notre yoga est intégral ; de même se jeter au dehors et vivre uniquement dans l’être extérieur, c’est aussi être déséquilibré, trop pencher également d’un coté de la sâdhanâ. On doit avoir la même conscience dans l’expérience intérieure et dans l’action extérieure.

Poursuivre le travail aide à conserver l’équilibre entre l’expérience intérieure et le développement extérieur ; autrement on risque de manquer de mesure et de pondération. De plus il est nécessaire de poursuivre la sâdhanâ du travail pour le Divin, parce qu’elle permet à la fin au sâdhak de faire passer dans la nature et la vie extérieures le progrès réalisé intérieurement et qu’elle contribue à l’intégralité de la sâdhanâ.

La vie ordinaire consiste à travailler pour des fins personnelles et en satisfaction de désirs sous un contrôle mental ou moral, influencé parfois par un idéal mental. Le yoga de la Gîtâ consiste à offrir son travail au Divin, à conquérir le désir, à agir sans ego, et sans convoitise, à vivre avec bhakti pour le Divin, à entrer dans la conscience cosmique, à sentir son unité avec toutes les créatures et à s’unir à Lui. Notre yoga y ajoute la descente de la lumière et de la force supramentale (ce qui est son but ultime) et la transformation de la nature.

S’ouvrir dans le travail signifie la même chose que s’ouvrir dans la conscience. La même force qui travaille dans votre conscience pendant la méditation et qui dissipe les nuages et la confusion toutes les fois que vous vous ouvrez à elle, peut aussi se charger de votre action ; elle peut vous en faire connaître les défauts, elle peut vous rendre conscient de ce qu’il faut faire et diriger votre esprit et vos mains pour l’accomplir.

La consécration de soi ne dépend pas du travail particulier que l’on fait, mais de l’esprit dans lequel est accompli ce travail, de quelque sorte qu’il soit. Tout travail, bien et soigneusement accompli, comme une offrande au Divin, sans désir, ni égoïsme, mais d’un esprit égal, avec une calme tranquillité dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, pour l’amour du divin et non en vue d’un bénéfice, d’une récompense ou d’un résultat personnels, avec la conscience que c’est à la puissance divine qu’appartient tout le travail, est un moyen de consécration de soi par le karma.

Tout dépend de l’état intérieur ; la condition extérieure est utile seulement comme un moyen et une aide pour exprimer ou confirmer l’état intérieur, pour le rendre dynamique et efficace. Si vous faites ou dites quelque chose avec le psychisme prédominant ou avec le contact interne approprié, ce sera efficace ; si vous faites ou dites la même chose sous l’impulsion du mental ou du vital ou dans une ambiance mauvaise ou trouble, cela pourra être tout à fait inefficace. Pour faire la chose vraie de la manière vraie dans tous les cas et à tout moment, il faut être dans la conscience vraie ; on ne saurait y parvenir en suivant une règle mentale fixe, car celle-ci pourrait convenir dans certaines circonstances et ne pas convenir du tout dans d’autres. En effet, on peut poser un principe général s’il est conforme à la vérité, mais son application doit être déterminée par la conscience intérieure qui voit à chaque pas ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Cela est possible, d’une manière croissante, si le psychisme prédomine.

Extrait de Le guide du Yoga

En illustration, une photo de Mudita, dans le parc du Clos Lucé, Mai 2006

samedi 1 janvier 2011