dimanche 28 août 2011

Foi et Shakti (Article en plusieurs parties - partie n°3)

Et pourtant, la foi est nécessaire d'un bout à l'autre et à chaque pas, parce que c'est l'assentiment indispensable de l'âme, et sans cet assentiment il ne peut pas y avoir de progrès.

Et d'abord, notre foi doit rester fidèle à la vérité essentielle et aux principes du yoga. Même si elle est voilée dans l'intellect, découragée dans le coeur, lassée et épuisée par les négations et les échecs constants des désirs du mental-vital, il faut que quelque chose dans l'âme profonde s'accroche à elle et y retourne, sinon nous risquons de tomber en chemin ou de l'abandonner par faiblesse et incapacité de supporter une défaite, une déception, une difficulté ou un péril temporaires.

Dans le yoga, comme dans la vie, celui qui persiste inlassablement et jusqu'au bout en face de toutes les défaites et de toutes les désillusions, tous les événements contradictoires et les pouvoirs hostiles qui l'assaillent, celui-là, à la fin, conquiert et voit sa foi justifiée, parce que rien n'est impossible à l'âme et à la Shakti dans l'homme.

Même une foi aveugle et ignorante est une possession meilleure que le doute sceptique qui tourne le dos à nos possibilités spirituelles, ou meilleure que la censure constante d'un intellect étroit, mesquinement critique et démolisseur (asoûyâ), qui harcèle notre entreprise par ses incertitudes paralysantes. D'une manière ou d'une autre, le chercheur du yoga intégral doit conquérir ces deux imperfections. Ce à quoi il a donné son assentiment et qu'en son mental, son coeur et sa volonté, il a décidé d'accomplir - la perfection divine de l'être humain total - est apparemment une impossibilité pour l'intelligence normale puisqu'elle s'oppose aux faits concrets de la vie et sera pendant longtemps contredite par l'expérience immédiate, comme il en est de tous les buts lointains et difficiles. Elle est même démentie par bon nombre de ceux qui ont une expérience spirituelle et qui croient que notre nature actuelle est la seule nature possible pour l'homme dans un corps, et que c'est seulement en rejetant la vie terrestre, ou même toute existence individuelle, que l'on peut parvenir à une perfection céleste ou à la délivrance dans l'anéantissement.

Dans la poursuite de notre but, nous trouverons pendant longtemps de nombreuses justifications aux objections et censures (asoûyâ) de cette raison critique ignorante et obstinée qui se fonde avec tant de plausibilité sur les apparences du moment, sur le répertoire des faits et des expériences établies, qui refuse d'aller plus loin et questionne la validité de tous les signes, toutes les illuminations annonçant notre avance. Si le chercheur cède à ces étroites suggestions, il n'arrivera pas au but, ou il sera sérieusement entravé et ce pendant longtemps, retardé dans son voyage.

Néanmoins, l'ignorance et l'aveuglement de la foi font obstacle également à un large succès ; ils appellent bien des déceptions et des désillusions, lient à de faux buts et empêchent d'avancer vers des formulations plus vastes de la vérité et de la perfection.

Dans sa marche, la Shakti frappera sans merci toutes les formes d'ignorance et d'aveuglement, elle frappera même tout ce qui se fie à elle erronément et superstitieusement - nous devons être prêts à abandonner un attachement trop persistant aux formes de la foi et nous agripper seulement à la réalité qui sauve. Une foi spirituelle et intelligente, forte, vaste - intelligente de cette intelligence de l'autre raison plus large qui consent aux hautes possibilités - tel est le caractère de la shraddhâ indispensable au yoga intégral.

Un extrait de La Synthèse des Yogas - Volume 3 : le Yoga de la Perfection de soi

En illustration : un mandala en construction, acrylique sur toile 1 m x 1 m, de Mudita