dimanche 9 janvier 2011

L'attitude dans le travail


Rentrer entièrement en soi-même pour avoir des expériences et négliger le travail, la conscience extérieure, c’est être déséquilibré et trop pencher d’un coté de la sâdhanâ - car notre yoga est intégral ; de même se jeter au dehors et vivre uniquement dans l’être extérieur, c’est aussi être déséquilibré, trop pencher également d’un coté de la sâdhanâ. On doit avoir la même conscience dans l’expérience intérieure et dans l’action extérieure.

Poursuivre le travail aide à conserver l’équilibre entre l’expérience intérieure et le développement extérieur ; autrement on risque de manquer de mesure et de pondération. De plus il est nécessaire de poursuivre la sâdhanâ du travail pour le Divin, parce qu’elle permet à la fin au sâdhak de faire passer dans la nature et la vie extérieures le progrès réalisé intérieurement et qu’elle contribue à l’intégralité de la sâdhanâ.

La vie ordinaire consiste à travailler pour des fins personnelles et en satisfaction de désirs sous un contrôle mental ou moral, influencé parfois par un idéal mental. Le yoga de la Gîtâ consiste à offrir son travail au Divin, à conquérir le désir, à agir sans ego, et sans convoitise, à vivre avec bhakti pour le Divin, à entrer dans la conscience cosmique, à sentir son unité avec toutes les créatures et à s’unir à Lui. Notre yoga y ajoute la descente de la lumière et de la force supramentale (ce qui est son but ultime) et la transformation de la nature.

S’ouvrir dans le travail signifie la même chose que s’ouvrir dans la conscience. La même force qui travaille dans votre conscience pendant la méditation et qui dissipe les nuages et la confusion toutes les fois que vous vous ouvrez à elle, peut aussi se charger de votre action ; elle peut vous en faire connaître les défauts, elle peut vous rendre conscient de ce qu’il faut faire et diriger votre esprit et vos mains pour l’accomplir.

La consécration de soi ne dépend pas du travail particulier que l’on fait, mais de l’esprit dans lequel est accompli ce travail, de quelque sorte qu’il soit. Tout travail, bien et soigneusement accompli, comme une offrande au Divin, sans désir, ni égoïsme, mais d’un esprit égal, avec une calme tranquillité dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, pour l’amour du divin et non en vue d’un bénéfice, d’une récompense ou d’un résultat personnels, avec la conscience que c’est à la puissance divine qu’appartient tout le travail, est un moyen de consécration de soi par le karma.

Tout dépend de l’état intérieur ; la condition extérieure est utile seulement comme un moyen et une aide pour exprimer ou confirmer l’état intérieur, pour le rendre dynamique et efficace. Si vous faites ou dites quelque chose avec le psychisme prédominant ou avec le contact interne approprié, ce sera efficace ; si vous faites ou dites la même chose sous l’impulsion du mental ou du vital ou dans une ambiance mauvaise ou trouble, cela pourra être tout à fait inefficace. Pour faire la chose vraie de la manière vraie dans tous les cas et à tout moment, il faut être dans la conscience vraie ; on ne saurait y parvenir en suivant une règle mentale fixe, car celle-ci pourrait convenir dans certaines circonstances et ne pas convenir du tout dans d’autres. En effet, on peut poser un principe général s’il est conforme à la vérité, mais son application doit être déterminée par la conscience intérieure qui voit à chaque pas ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Cela est possible, d’une manière croissante, si le psychisme prédomine.

Extrait de Le guide du Yoga

En illustration, une photo de Mudita, dans le parc du Clos Lucé, Mai 2006