dimanche 24 octobre 2010

Force yoguique et force spirituelle (article en plusieurs parties) - partie 2

Il est évident que si la force spirituelle existe, elle doit être capable de produire des résultats spirituels. S’il est vrai que la force spirituelle est la force originelle et que les autres en dérivent, alors il n’y a rien d’irrationnel à supposer que cette force spirituelle peut produire des résultats mentaux, vitaux, physiques. Elle peut agir à travers les énergies mentales, vitales ou physiques et par les moyens qu’utilisent ces énergies, ou elle peut agir directement sur le mental, la vie ou la Matière choisis comme domaines de son action propre, spéciale et immédiate. Les deux modes d’action sont à première vue possibles.

Prenons le cas de la guérison d’une maladie ; quelqu’un est malade pendant deux jours, faible, éprouvant des douleurs et de la fièvre ; il ne prend pas de médicaments, mais finalement demande à son guru de le guérir ; le lendemain matin, il se lève en bonne santé, plein de force et d’énergie. Il a au moins quelque justification à penser qu’une force a été utilisée sur lui et placée en lui, et que c’est un pouvoir spirituel qui a agi là.

Mais dans un autre cas, on peut utiliser des médicaments tout en faisant appel à cette même force invisible pour aider les moyens matériels - car il est bien connu que les médicaments agissent ou n’agissent pas - il n’y a aucune certitude. Là, pour la raison d’un observateur extérieur (quelqu’un qui ne serait ni l’utilisateur de la force, ni le médecin, ni le malade), il demeure incertain que le patient ait été guéri par les médicaments seuls ou par la force spirituelle utilisant ces médicaments comme instruments. Les deux sont possibles, et on ne peut pas dire que, parce que des médicaments ont été utilisés, l’œuvre de la force spirituelle est en soi incroyable et que sa fausseté peut être démontrée.

D’autre part, il est possible que le médecin lui-même ait senti une force travailler en lui et le guider, ou il peut voir la santé du patient s’améliorer avec une rapidité qui, selon la science médicale, n'est pas concevable. Le malade de son coté peut très bien sentir la force qui travaille en lui, apporter la santé, l’énergie, la guérison rapide et l’utilisateur de la force observer les résultats, voir diminuer les symptômes sur lesquels il travaille, augmenter ceux sur lesquels il n’a pas travaillé jusqu’à ce qu’il travaille sur eux et les voie immédiatement diminuer, le docteur travaillant sur des suggestions non formulées, etc. jusqu’à ce que la guérison soit effective. Il peut aussi voir les forces travailler contre la guérison et conclure que la force spirituelle doit se contenter de se retirer ou de ne réussir qu’imparfaitement. Dans tout cela le médecin, le patient, ou l’utilisateur de la force peuvent légitimement croire que la guérison est au moins partiellement ou même fondamentalement due à la force spirituelle. Leur expérience est évidemment valable pour eux seuls, et non pour l’observateur extérieur qui raisonne. Car celui-ci n’est pas logiquement qualifié pour dire que leur expérience n’est pas croyable et nécessairement fausse.

Extrait de Lettres sur le Yoga, tome 1