dimanche 14 novembre 2010

Force yoguique et force spirituelle (article en plusieurs parties) - partie 3


Il ne s'ensuit pas qu'une force spirituelle doive réussir dans tous les cas, ou, si elle ne réussit pas, que cela ne prouve pas son existence. On ne peut dire cela d'aucune force. Par exemple : la force du feu est de brûler, mais il y a des choses que le feu ne brûle pas, et dans certaines circonstances il ne brûle même pas l'homme qui marche pieds nus sur des charbons rougis. Cela ne prouve pas que le feu ne peut pas brûler, ou même qu'il n'existe pas de force du feu, Agni Shakti.

Mon propos n'est pas de démontrer qu'il faut croire à la force spirituelle, mais que cette croyance n'est pas nécessairement une illusion et qu'elle peut être non seulement possible, mais aussi rationnelle.

La force invisible produisant des résultats tangibles, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, est le sens même de la conscience yoguique.

Si nous n'avions pas eu des milliers d'expériences démontrant que le Pouvoir au-dedans peut changer le mental, développer ses pouvoirs, en ajouter d'autres, introduire de nouveaux ordres de connaissance, maîtriser les mouvements vitaux, transformer le caractère, influencer les hommes et les choses, contrôler l'état et le fonctionnement du corps, travailler comme une Force dynamique concrète sur d'autres forces, modifier les événements, etc. nous n'en parlerions pas de cette façon.

De plus, ce n'est pas seulement dans ses résultats, mais aussi dans ses mouvements que la force est tangible et concrète. Quand je parle de ressentir la Force ou le Pouvoir, je n'entends pas simplement en avoir un vague sentiment, mais de sentir concrètement et par conséquent être capable de diriger, de manipuler, d'observer son mouvement, d'être conscient de sa masse et de son intensité, et de la même manière que dans le cas d'autres forces, plus physiques ; tout cela est possible et habituel par le développement du yoga.

Néanmoins, sauf s'il s'agit de la Force supramentale, ce Pouvoir n'agit pas sans conditions ni limites. Les conditions et les limites dans lesquelles le yoga ou la sâdhanâ doit s'effectuer ne sont ni arbitraires ni capricieuses ; elles naissent de la nature des choses. La force yoguique doit tenir compte de ces conditions et de ces limites, qui englobent la volonté, la réceptivité, l'assentiment, l'ouverture de soi et la concentration du sâdhak, jusqu'à ce qu'elle reçoive une sanction du Suprême qui lui permette d'outrepasser tout et d'accomplir quelque chose ; mais cette sanction est donnée avec parcimonie. Si le Pouvoir supramental descendait tout entier, sans se contenter d'envoyer ses influences à travers le surmental, alors seulement les choses pourraient être très radicalement dirigées vers cet objectif - et la sanction ne serait pas rare. Car la Loi de la Vérité serait à l'oeuvre, et non constamment contre-balancée par la loi de l'Ignorance.

Extrait de Lettres sur le Yoga, tome 1