mercredi 16 décembre 2009

Les différents aspects de la Shakti : Mahâlakshmî (partie 5)


La Sagesse et la Force de sont pas les seules manifestations de la Mère suprême ; il y a dans sa nature un mystère plus subtil, sans lequel la Sagesse et la Force seraient incomplètes et la Perfection ne serait pas parfaite.

Au-dessus d’elles est le miracle de l’éternelle Beauté, secret insaisissable des harmonies divines, la magie imposante d’un charme irrésistible et universel, d’une attraction qui attire et lie les choses, les forces et les êtres et les oblige à se rencontrer et à s’unir afin qu’un Ananda caché puisse jouer de derrière le voile et faire d’eux ses rythmes et ses formes.

Tel est le pouvoir de Mahâlakshmî et aucun aspect de la divine Shakti n’est plus attrayant pour le cœur des êtres incarnés. Maheshwarî peut paraître trop calme, trop grande et trop distante à approcher ou à contenir pour la petitesse de la nature terrestre, Mahâkâlî trop rapide et redoutable à supporter pour sa faiblesse ; mais tous se tournent avec joie et ardeur vers Mahâlakshmî.

Elle jette le sortilège de la douceur enivrante du Divin. Etre proche d’elle est un bonheur profond et la sentir dans son coeur fait de l’existence une extase et une merveille. La grâce, le charme et la tendresse émanent d’elle comme la lumière du soleil, et partout où elle fixe son regard merveilleux ou laisse tomber la beauté de son sourire, l’âme est saisie, captivée et plongée dans les profondeurs d’une félicité insondable.

Magnétique est l’attouchement de ses mains ; leur influence occulte et délicate purifie l’esprit, la vie et le corps, et là où elle presse ses pieds coulent les flots miraculeux d’un Ananda qui ravit.

Et pourtant il n’est pas facile de faire face aux exigences de ce Pouvoir enchanteur ou de conserver sa présence. L’harmonie et la beauté des pensées et des sentiments, l’harmonie et la beauté dans chaque mouvement extérieur, l’harmonie et la beauté de la vie et de l’entourage, voilà ce qu’exige Mahâlakshmî. Là où il y a une affinité avec les rythmes de la félicité secrète du monde, une réponse à l’appel de la Toute-Beauté, l’harmonie l’unité et le flot joyeux de beaucoup de vies tournées vers le Divin, dans cette atmosphère elle consent à demeurer.

Mais tout ce qui est laid, mesquin et vulgaire, tout ce qui est pauvre, sordide et misérable, tout ce qui est brutal et grossier empêche sa venue. Elle ne vient pas là où l’amour et la beauté ne sont pas nés ou ne naissent qu’à regret ; là où ils sont mélangés à des choses plus basses, qui les défigurent, elle se détourne bientôt pour se retirer, ou ne se soucie point de donner ses richesses.

Si, dans les cœurs des hommes, elle se trouve entourée d’égoïsme, de haine, de jalousie, de malveillance, d’envie et de conflit, si la traîtrise, l’avidité et l’ingratitude sont mêlées au contenu du calice sacré, si la grossièreté de la passion et le désir impur dégradent la dévotion, dans de tels coeurs, la déesse gracieuse et magnifique ne s’attarde pas. Un dégoût divin la saisit et elle se retire, car elle n’est pas de ceux qui insistent ou font un effort. Ou bien, voilant sa face, elle attend que le rejet et la disparition de cet amer poison diabolique lui permettent d’établir à nouveau son heureuse influence.

Le dénuement et la sévérité ascétique ne lui sont pas agréables, non plus que la suppression des émotions les plus profondes du cœur et que la répression rigide des éléments de beauté de l’âme et de la vie. Car c’est par l’amour et la beauté qu’elle place sur les hommes le joug du Divin.

Dans ses créations suprêmes, la vie est changée en une riche œuvre d’art céleste et toute existence en un poème de délice sacré ; les richesses du monde sont assemblées et accordées pour un ordre suprême et même les choses les plus simples et les plus ordinaires deviennent merveilleuses par son intuition de l’unité et le souffle de son esprit.

Admise dans le cœur, elle élève la sagesse au faîte de l’émerveillement, elle lui révèle les secrets mystiques de l’extase qui surpasse toute connaissance, elle répond à la dévotion par l’ardent attrait du Divin, enseigne à l’énergie et à la force le rythme qui garde harmonieuse et mesurée la puissance de leurs actes et elle projette sur la perfection le charme qui le fait durer à jamais.

Extrait de La Mère