lundi 28 décembre 2009

Les différents aspects de la Shakti : la transformation (partie 7 et fin)



Il y a d’autres grandes Personnalités de la Mère divine, mais elles étaient plus difficiles à faire descendre et elles ne se sont pas mises en avant d’une manière aussi prononcée dans l’évolution de l’esprit terrestre. Parmi elles sont des Présences indispensables à la réalisation supramentale ; la plus indispensable de toutes est la Personnalité de cette extase, cette béatitude mystérieuse et puissante qui s’écoule du suprême Amour divin, la Personnalité de l’Ananda qui seul peut remédier au gouffre entre les hauteurs les plus sublimes de l’Esprit supramental et les abîmes les plus profonds de la Matière, de l’Ananda qui tient la clef de la Vie merveilleuse la plus divine et qui, même maintenant, soutient depuis ses demeures cachées l’œuvre de tous les autres Pouvoirs de l’univers.

Mais la nature humaine limitée, égoïste et obscure est inapte à recevoir ces grandes Présences ou à supporter leur action puissante. C’est seulement quand les Quatre ont établi leur harmonie et leur liberté de mouvement dans l’esprit, la vie et le corps transformés, que ces autres Pouvoirs plus rares peuvent se manifester dans le mouvement terrestre et que l’action supramentale devient possible. Car, lorsque toutes ses Personnalités sont rassemblées en elle et manifestées, que leur action indépendante s’est changée en une unité harmonieuse et qu’elles s’élèvent jusqu’à leurs divinités supramentales, alors la Mère est révélée comme la Mahâshakti supramentale et apporte ici-bas de leur ineffable éther ses transcendances lumineuses.

La nature humaine peut être changée en une nature divine dynamique parce que toutes les lignes élémentaires de la conscience et de la force de Vérité supramentales sont accordées et que la harpe de la vie est prêtre pour les rythmes de l’Eternel.

Si vous désirez cette transformation, placez-vous sans hésitation ni résistance dans les mains de la Mère et de ses Pouvoirs et laissez-la travailler sans entrave en vous. Vous devez avoir trois choses : la conscience, la plasticité, la soumission sans réserve. Vous devez être conscient dans le mental, l’âme, et le cœur, la vie et même dans les cellules de votre corps, conscient de la Mère, de ses Pouvoirs et de leur action, car, bien qu’elle puisse travailler et travaille en vous, même dans votre obscurité et dans vos éléments inconscients et vos moments d’inconscience, ce n’est pas la même chose que lorsque vous êtes dans une communion vivante et éveillée avec elle.

Toute votre nature doit être plastique à son toucher, sans questionner comme le fait le mental ignorant et suffisant, qui interroge, doute, discute et qui est l’ennemi de sa propre illumination et transformation ; sans insister sur ses propres mouvements comme le vital dans l’homme insiste en opposant avec persistance ses désirs récalcitrants et sa mauvaise volonté à toute influence divine ; sans élever des obstacles ni se retrancher derrière l’incapacité, l’inertie et le tamas, comme le fait la conscience physique de l’homme qui s’attache à ses plaisirs dans la bassesse et l’ombre, se récrie contre tout contact qui trouble sa routine sans âme, sa paresse stupide ou sa somnolence apathique.

La soumission sans réserve de votre être intérieur et extérieur produira cette plasticité dans tous les éléments de votre nature ; la conscience s’éveillera partout en vous par une ouverture constante à la Sagesse, la Lumière, la Force, à l’Harmonie et la Beauté, à la Perfection qui se déversent d’en haut. Le corps lui-même s’éveillera, unira enfin sa conscience, qui aura cessé d’être subliminale, à la Force supraconsciente supramentale, sentira toutes les Puissances de la Mère l’imprégner d’en haut, d’en bas et d’alentour et tressaillira à l’Amour à l’Ananda suprêmes.

Mais tenez-vous sur vos gardes et n’essayez pas de comprendre et de juger la Mère Divine avec votre petit mental terrestre qui aime à soumettre même les choses qui le dépassent à ses normes et à ses mesures, à ses raisonnements étroits et à ses impressions sujettes à erreur, à son ignorance agressive et creuse et à sa connaissance pleine de mesquinerie et de suffisance.

L’esprit humain, enfermé dans la prison de sa demi-obscurité, ne peut suivre la liberté multilatérale des pas de la divine Shakti dont la rapidité et la complexité de vision et d’action dépassent la compréhension humaine hésitante.

Les mesures du mouvement de la Mère ne sont pas les mesures de l’homme. Déconcerté par le changement rapide de ses nombreuses et différentes Personnalités, par sa création et sa destruction des rythmes, par ses accélérations et ses diminutions de rapidité, par ses diverses manières d’agir avec le problème de l’un et de l’autre, par son adoption ou son rejet tantôt d’une ligne d’action et tantôt d’une autre, ou par leur réunion simultanée, l’homme ne reconnaît pas la manière d’agir de la Puissance suprême quand elle s’élève en cercles à travers le labyrinthe de l’Ignorance vers la Lumière d’en haut. Ouvrez-lui plutôt votre âme, et soyez satisfait de la sentir par la nature psychique, de la voir par la vision psychique qui, seules, répondent avec droiture à la Vérité. Alors la Mère elle-même illuminera à travers leurs éléments psychiques, votre esprit, votre cœur, votre vie et votre conscience physique et leur révélera, à eux aussi, ses voies et sa nature.

Evitez également cette erreur du mental ignorant d’exiger du Pouvoir divin d’agir toujours suivant vos notions grossières et superficielles d’omniscience et d’omnipotence. Car votre mental exige d’être impressionné à tout propos par le pouvoir miraculeux, le succès aisé et la splendeur aveuglante ; autrement il ne peut pas croire que le Divin est ici.

La Mère fait face à l’Ignorance dans le domaine de l’Ignorance ; elle est descendue ici-bas et n’est pas toute là-haut. Partiellement elle voile et partiellement elle dévoile sa connaissance et son pouvoir ; bien souvent, elle les retire de ses instruments et personnalités et elle suit, afin de les transformer, la voie du mental qui cherche, du psychique qui aspire, du vital qui combat, de la nature physique emprisonnée et douloureuse. Il y a des conditions qui ont été posées par une suprême Volonté ; il y a de nombreux nœuds emmêlés qui doivent être défaits et ne peuvent être tranchés brusquement.

L’asoura et le râkshasa contrôlent cette nature terrestre en évolution et il faut leur faire face et les conquérir selon leurs propres conditions et dans leur propre fief et domaine, celui qu’ils ont conquis depuis longtemps, l’Humain en nous doit être conduit et préparé à surpasser ses limites ; il est trop faible et obscur pour pouvoir être élevé soudain à un état qui le dépasse trop. La Conscience et la Force divines sont là et font à chaque instant ce qui est nécessaire suivant les conditions du travail ; elles prennent toujours la décision telle qu’elle est décrétée et façonnent au milieu de l’imperfection, la perfection qui doit venir.

N’écoutez pas votre mental, il ne reconnaîtra pas la Mère même si elle est manifestée devant vous. Suivez votre âme et non pas votre mental, votre âme qui répond à la Vérité, non votre mental qui saute sur les apparences ; confiez-vous à la Puissance divine et elle libérera en vous les éléments divins et façonnera tout en une expression de la Nature divine.

Le changement supramental est décidé et inévitable dans l’évolution et la conscience terrestre ; car cette conscience n’a pas terminé son ascension, et le mental n’est pas son sommet final. Mais pour que le changement arrive, prenne forme et dure, il faut qu’il y ait l’appel d’en bas avec une volonté de reconnaître et non de repousser la Lumière quand elle vient, et d’en haut la sanction du Suprême.

La puissance qui s’entremet entre la sanction et l’appel est la présence et le pouvoir de la Mère divine. Seule la puissance la Mère, et non aucun effort ou tapasyâ humains, peut briser le couvercle, déchirer le voile, façonner le vaisseau, et amener dans ce monde d’obscurité, de mensonge, de mort et de souffrance, la Vérité, la Lumière, la Vie divine et l’Ananda des immortels.


Extrait de La Mère

jeudi 17 décembre 2009

Les différents aspects de la Shakti : Mahâsaraswatî (partie 6)


Mahâsaraswatî est la Puissance de travail de la Mère et son esprit de perfection et d’ordre.

La plus jeune des Quatre, elle est la plus experte en capacité d’exécution et la plus proche de la Nature physique. Maheshwarî trace les grandes lignes des forces mondiales, Mahâkâlî actionne leur énergie et leur impulsion, Mahâlakshmî révèle leurs rythmes et leurs mesures, mais Mahâsaraswatî préside au détail de leur organisation et de leur exécution, à la relation des parties entre elles, la combinaison efficace des forces et l’exactitude infaillible dans le résultat et l’accomplissement.

La science, l’art et la technique sont du ressort de Mahâsaraswatî. Elle contient dans sa nature et peut toujours donner à ceux qu’elle a choisis la connaissance intime et précise, la subtilité, la patience, l’exactitude de l’esprit intuitif et de la main consciente, et le regard pénétrant du travailleur parfait.

Cette Puissance est la constructrice vigoureuse, infatigable, soigneuse et efficace, l’organisatrice, la technicienne, l’artisane et la classificatrice des mondes. Quand elle entreprend la transformation et la reconstruction de la nature, son action est laborieuse et minutieuse, et bien souvent à notre impatience, elle semble lente et interminable ; mais elle est persistante, intégrale et sans défaut. Car sa volonté dans le travail est scrupuleuse, vigilante et infatigable ; se penchant vers nous elle voit et touche chaque détail, découvre chaque infime défaut, lacune, perversion ou imperfection et considère et pèse exactement tout ce qui a été fait et tout ce qui reste faire.

Rien n’est trop petit ni trop trivial en apparence pour son attention ; rien ne peut lui échapper, si impalpable, si déguisé ou caché que ce soit. Façonnant et refaçonnant, elle élabore chaque élément jusqu’à ce qu’il soit parvenu à sa forme vraie, mis à sa place propre dans l’ensemble et qu’il accomplisse son but précis.

Dans sa constante et diligente organisation et réorganisation des choses, son regard est à la fois sur tous les besoins et sur la manière d’y faire face, son intuition sait ce qui doit être choisi et ce qui doit être rejeté, et détermine avec succès l’instrument propre, le temps propre, les conditions propres et l’opération propre.

Elle abhorre l’indifférence, la négligence et la paresse, tout travail bâclé, inconsidéré et équivoque, toute maladresse, tout à-peu-près, et tout raté, toute adaptation fausse, tout mauvais emploi des instruments et des facultés ; et de laisser un travail non exécuté ou à demi exécuté est pénible et étranger à sa nature.

Quand son travail est achevé, rien n’a été oublié, mal placé, omis ou laissé dans un état défectueux ; tout est solide, précis, complet, admirable. Rien de moins qu’une parfaite perfection ne peut la satisfaire et elle est prête à affronter une éternité de labeur si cela est nécessaire à la plénitude de sa création. C’est pourquoi, de tous les Pouvoirs de la Mère, elle est la plus endurante avec l’homme et ses milliers d’imperfections. Douce, souriante, proche et secourable, ne se détournant et ne se décourageant pas aisément, persistant même après l’insuccès répété, sa main soutient chacun de nos pas à condition que nous soyons droits et sincères et que nous n’ayons qu’une volonté ; car elle ne tolère aucune duplicité et son ironie révélatrice est impitoyable au drame, au cabotinage, à l’illusion et à la prétention.

Une mère pour nos besoins, une amie dans nos difficultés, un conseiller et un mentor constant et tranquille, dissipant par son éclatant sourire les nuages de tristesse, de mauvaise humeur et de dépression, remémorant sans cesse l’aide toujours présente, montrant du doigt l’éternelle clarté du soleil, elle reste ferme, calme et persévérante dans l’élan profond et continu qui nous pousse vers l’intégralité de la nature supérieure.

Tout le travail des autres Pouvoirs dépend d’elle pour sa perfection, car elle assure la base matérielle, élabore les détails, érige et rivette l’armature de la construction.

Extrait de La Mère

mercredi 16 décembre 2009

Les différents aspects de la Shakti : Mahâlakshmî (partie 5)


La Sagesse et la Force de sont pas les seules manifestations de la Mère suprême ; il y a dans sa nature un mystère plus subtil, sans lequel la Sagesse et la Force seraient incomplètes et la Perfection ne serait pas parfaite.

Au-dessus d’elles est le miracle de l’éternelle Beauté, secret insaisissable des harmonies divines, la magie imposante d’un charme irrésistible et universel, d’une attraction qui attire et lie les choses, les forces et les êtres et les oblige à se rencontrer et à s’unir afin qu’un Ananda caché puisse jouer de derrière le voile et faire d’eux ses rythmes et ses formes.

Tel est le pouvoir de Mahâlakshmî et aucun aspect de la divine Shakti n’est plus attrayant pour le cœur des êtres incarnés. Maheshwarî peut paraître trop calme, trop grande et trop distante à approcher ou à contenir pour la petitesse de la nature terrestre, Mahâkâlî trop rapide et redoutable à supporter pour sa faiblesse ; mais tous se tournent avec joie et ardeur vers Mahâlakshmî.

Elle jette le sortilège de la douceur enivrante du Divin. Etre proche d’elle est un bonheur profond et la sentir dans son coeur fait de l’existence une extase et une merveille. La grâce, le charme et la tendresse émanent d’elle comme la lumière du soleil, et partout où elle fixe son regard merveilleux ou laisse tomber la beauté de son sourire, l’âme est saisie, captivée et plongée dans les profondeurs d’une félicité insondable.

Magnétique est l’attouchement de ses mains ; leur influence occulte et délicate purifie l’esprit, la vie et le corps, et là où elle presse ses pieds coulent les flots miraculeux d’un Ananda qui ravit.

Et pourtant il n’est pas facile de faire face aux exigences de ce Pouvoir enchanteur ou de conserver sa présence. L’harmonie et la beauté des pensées et des sentiments, l’harmonie et la beauté dans chaque mouvement extérieur, l’harmonie et la beauté de la vie et de l’entourage, voilà ce qu’exige Mahâlakshmî. Là où il y a une affinité avec les rythmes de la félicité secrète du monde, une réponse à l’appel de la Toute-Beauté, l’harmonie l’unité et le flot joyeux de beaucoup de vies tournées vers le Divin, dans cette atmosphère elle consent à demeurer.

Mais tout ce qui est laid, mesquin et vulgaire, tout ce qui est pauvre, sordide et misérable, tout ce qui est brutal et grossier empêche sa venue. Elle ne vient pas là où l’amour et la beauté ne sont pas nés ou ne naissent qu’à regret ; là où ils sont mélangés à des choses plus basses, qui les défigurent, elle se détourne bientôt pour se retirer, ou ne se soucie point de donner ses richesses.

Si, dans les cœurs des hommes, elle se trouve entourée d’égoïsme, de haine, de jalousie, de malveillance, d’envie et de conflit, si la traîtrise, l’avidité et l’ingratitude sont mêlées au contenu du calice sacré, si la grossièreté de la passion et le désir impur dégradent la dévotion, dans de tels coeurs, la déesse gracieuse et magnifique ne s’attarde pas. Un dégoût divin la saisit et elle se retire, car elle n’est pas de ceux qui insistent ou font un effort. Ou bien, voilant sa face, elle attend que le rejet et la disparition de cet amer poison diabolique lui permettent d’établir à nouveau son heureuse influence.

Le dénuement et la sévérité ascétique ne lui sont pas agréables, non plus que la suppression des émotions les plus profondes du cœur et que la répression rigide des éléments de beauté de l’âme et de la vie. Car c’est par l’amour et la beauté qu’elle place sur les hommes le joug du Divin.

Dans ses créations suprêmes, la vie est changée en une riche œuvre d’art céleste et toute existence en un poème de délice sacré ; les richesses du monde sont assemblées et accordées pour un ordre suprême et même les choses les plus simples et les plus ordinaires deviennent merveilleuses par son intuition de l’unité et le souffle de son esprit.

Admise dans le cœur, elle élève la sagesse au faîte de l’émerveillement, elle lui révèle les secrets mystiques de l’extase qui surpasse toute connaissance, elle répond à la dévotion par l’ardent attrait du Divin, enseigne à l’énergie et à la force le rythme qui garde harmonieuse et mesurée la puissance de leurs actes et elle projette sur la perfection le charme qui le fait durer à jamais.

Extrait de La Mère

mardi 15 décembre 2009

Les différents aspects de la Shakti : Mahâkâlî (partie 4)


Mahâkâlî est d’une autre nature. Non l’étendue mais la hauteur, non la sagesse mais la force et l’énergie sont ses pouvoirs particuliers.

Il y a en elle une intensité écrasante, une puissante passion de force d’accomplissement, une divine violence s’élançant pour briser toute limite et tout obstacle. Sa divinité entière bondit dans une splendeur d’action tempétueuse ; elle est pour la promptitude, l’opération immédiatement efficace, le coup rapide et direct, l’assaut de front qui balaye tout devant lui.

Terrible est son visage pour l’asoura, dangereuse et impitoyable sa disposition envers ceux qui haïssent le Divin, car elle est la Guerrière des Mondes qui ne recule jamais devant la bataille. Ne tolérant pas l’imperfection, elle traite rudement dans l’homme toute mauvaise volonté et elle est sévère pour ce qui est obstinément ignorant et obscur ; son courroux est immédiat et terrifiant contre la traîtrise, le mensonge et la méchanceté ; le mauvais vouloir est à l’instant frappé par son châtiment.

Elle ne peut tolérer dans le travail divin l’indifférence, la négligence et la paresse et elle fustige aussitôt, pour réveiller par la douleur, si besoin est, le dormeur intempestif ou le traînard. Les impulsions rapides, droites, et franches, les mouvements sans réserve et absolus, l’aspiration qui pointe comme une flamme sont la marche de Mahâshakti.

Son esprit est indomptable, sa vision et sa volonté atteignent haut et loin comme le vol de l’aigle, ses pieds sont rapides sur la voie ascendante et ses mains se tendent pour frapper et secourir. Car elle aussi est la Mère ; son amour est aussi intense que son courroux et sa bonté est profonde et passionnée.

Lorsqu’il lui est permis d’intervenir avec toute son énergie, elle brise en un instant, comme des choses sans consistance, les obstacles qui immobilisent l’aspirant ou les ennemis qui l’assaillent. Si sa colère est redoutable pour l’hostile et la véhémence de sa passion pénible pour le faible et le craintif, elle est aimée et adorée par le grand, le puissant et le noble ; car ils sentent que ses coups martèlent et transforment en énergie et en parfaite vérité ce qui est rebelle dans leur matière, redressent ce qui est faussé et pervers et expulsent ce qui est impur ou défectueux.

Sans elle, ce qui est fait en un jour eût pu prendre des siècles. Sans elle, l’Ananda pourrait être vaste et grave ou bien doux, tendre et beau, mais il perdrait la joie enflammée de ses intensités les plus absolues. A la connaissance, elle donne une puissance conquérante ; elle apporte à la beauté et à l’harmonie un mouvement élevé et ascendant, et confère au lent et difficile labeur vers la perfection une impulsion qui multiplie le pouvoir et raccourcit le long chemin. Rien ne peut la satisfaire qui n’atteigne les extases suprêmes, les hauteurs les plus sublimes, les buts les plus nobles, les perspectives les plus vastes.

Donc, avec elle c'est la force victorieuse du Divin et c’est par la grâce de son feu, de sa passion et de sa rapidité que le grand accomplissement peut prendre place maintenant au lieu de plus tard.

Extrait de La Mère

lundi 14 décembre 2009

Les différents aspects de la Shakti : Maheshwarî (partie 3)


Impériale, Maheshwarî se tient dans la vaste étendue, au-dessus de l’esprit pensant et de la volonté ; elle les exalte et les magnifie jusqu’à la sagesse et la grandeur, ou elle les inonde d’une splendeur qui les dépasse.

Car elle est la Puissante et Sage qui nous ouvre aux infinités supramentales, à l’immensité cosmique, à la magnificence de la Lumière suprême, au trésor de connaissance miraculeuse et au mouvement illimité des forces éternelles de la Mère.

Elle est tranquille et merveilleuse, grande et calme à tout jamais. Rien ne peut l’émouvoir, car en elle est toute la sagesse ; et rien ne lui est caché qu’elle choisit de savoir ; elle comprend toutes choses et tous les êtres, leur nature et ce qui les meut, la loi du monde, ses époques et comment tout était, est et doit être.

En elle est une vigueur qui affronte et dompte toutes choses et rien ne peut prévaloir à la fin contre sa sagesse vaste et intangible et son pouvoir tranquille et supérieur.

Egale, patiente et inaltérable dans sa volonté, elle agit avec les hommes suivant leur nature, avec les choses et les évènements suivant leur Force et la vérité qui est en eux. De partialité elle n’en a aucune, mais elle suit les décrets du Suprême ; elle élève certains, et d’autres elle les abaisse ou les rejette loin d’elle dans l’obscurité.

Au sage elle donne une sagesse plus grande et plus lumineuse ; à celui qui a la vision, elle donne place à ses conseils ; à l’hostile elle impose les conséquences de son hostilité, et elle conduit l’ignorant et le sot selon leur aveuglement.

Dans chaque homme elle répond aux différents éléments de sa nature et les traite suivant leur besoin, leur impulsion et la réponse qu’ils appellent, place sur eux la pression voulue ou les laisse à leur liberté chérie pour prospérer dans les voies de l’Ignorance ou pour périr.

Car elle est au-dessus de tout, n’est liée par rien, attachée à rien dans l’univers. Pourtant elle a plus que toute autre le cœur de la Mère universelle, car sa compassion est sans fin et inépuisable. A ses yeux tous sont ses enfants et des parcelles de l’Unique, même l’asoura, le râkshasa, le pishâtcha et ceux qui sont révoltés et hostiles. Ses rejets sont simplement un ajournement, ses punitions une grâce. Mais sa compassion n’aveugle pas sa sagesse ni ne détourne son action de la ligne décrétée ; car la Vérité des choses est son seul intérêt, la connaissance est le centre de son pouvoir, et de construire notre âme et notre nature avec la Vérité divine est sa mission et son travail.

Extrait de La Mère

dimanche 13 décembre 2009

Les différents aspects de la Shakti : Mahâshakti (partie 2)


La Mahâshakti, la Mère universelle, effectue tout ce que sa conscience transcendante transmet du Suprême et elle entre dans les mondes qu’elle a faits.

Sa présence les remplit et les soutient avec l’esprit divin, et avec la force et la félicité divines qui sustentent tout, et sans quoi ils ne pourraient pas exister.

Ce que nous appelons la Nature, ou Prakriti, n’est que son aspect exécutif le plus extérieur. La Mahâshakti dispose et organise l’harmonie de ses forces et de ses procédés ; elle contraint la Nature à ses opérations et se meut parmi elles, cachée ou manifestée en tout ce qui peut être vu, expérimenté ou mis dans le mouvement de la vie.

Chacun des mondes n’est rien d’autre qu’un jeu de la Mahâshakti de ce système de mondes ou univers, et qui y réside, comme L’Ame et la personnalité cosmiques de la Mère transcendante. Chacun est une chose qu’elle a vue dans sa vision, accueillie dans son cœur de beauté et de pouvoir et créée dans son Ananda.

Mais il y a beaucoup de plans de sa création, beaucoup de pas de la Shakti divine.

Au sommet de cette manifestation dont nous faisons partie, il y a les mondes d’existence, de conscience, de force et de félicité infinies, au-dessus desquels la Mère se tient comme le Pouvoir éternel dévoilé. Là, tous les êtres vivent et se meuvent dans une plénitude ineffable et une unité invariable, parce qu’elle les porte en sécurité sans ses bras, à jamais.

Plus proches de nous sont les mondes d’une parfaite création supramentale dans lesquels la Mère est la Mahâshakti supramentale, un Pouvoir d’omnisciente Volonté et d’omnipotente Connaissance divines, toujours apparent dans ses œuvres infaillibles et spontanément parfaites dans chaque opération. Là, tous les mouvements sont des pas de la Vérité, tous les êtres sont des âmes, des pouvoirs et des corps de la Lumière divine, toutes les expériences, des mers, des flots et des vagues d’un Ananda absolu et intense.

Mais les mondes où nous demeurons sont ceux de l’Ignorance, les mondes du mental, de la vie et du corps, séparés de leur source dans leur conscience, et dont la terre est un centre significatif et son évolution un mouvement décisif. Tout ceci aussi, avec son obscurité, ses luttes et ses imperfections, est supporté par la Mère universelle ; ceci aussi est mû et conduit vers son but caché par la Mahâshakti.

La Mère, en tant que Mahâshakti de ce triple monde de l’Ignorance, se tient dans un plan intermédiaire entre la Lumière supramentale, la vie de Vérité, la création de Vérité, qui doit être amenée ici-bas et cette hiérarchie montante et descendante des plans de conscience qui, comme une échelle double, s’enfonce dans l’ignorance de la Matière et escalade à nouveau l’infinité de l’Esprit à travers l’épanouissement de la vie de l’âme et de l’intellect.

Déterminant tout ce qui sera en cet univers et dans l’évolution terrestre par ce qu’elle voit et sent et déverse d’elle-même, elle se tient là, au-dessus des dieux, et toutes ses Personnalités et tous ses Pouvoirs sont émis et placés devant elle pour l’action ; elle projette leurs émanations dans ces mondes inférieurs pour intervenir, gouverner, combattre et conquérir, pour guider et accomplir leurs cycles, pour diriger les lignes d’action totales et individuelles de leurs forces. Ces émanations sont les nombreuses formes et personnalités divines dans lesquelles les hommes l’ont adorée sous des noms différents à travers les âges.

Mais elle prépare aussi et forme par l’intermédiaire de ces Pouvoirs et de leurs émanations, l’esprit et le corps de ses vibhoûtis, de même qu’elle prépare et forme des esprits et des corps pour les vibhoûtis de l’Ishwara, afin qu’elle puisse manifester, dans le monde physique et sous le masque de la conscience humaine, quelque rayon de son pouvoir, de sa qualité et de sa présence. Toutes les scènes du jeu terrestre ont été, comme dans un drame, organisées, conçues et jouées par elle avec les dieux cosmiques comme auxiliaires et elle-même comme un acteur voilé.

Non seulement la Mère gouverne tout d’en haut, mais elle descend dans ce triple univers inférieur. D’une manière impersonnelle toutes choses ici-bas, même les mouvements de l’Ignorance, sont elle-même en un pouvoir voilé, sont ses créations dans une substance amoindrie, sont le corps et la force de sa Nature ; et elles existent parce que, mue par le fiat mystérieux du Suprême afin d’exécuter quelque chose qui était là-haut parmi les possibilités de l’Infini, elle a consenti au grand sacrifice et a revêtu, comme un masque, l’âme et les formes de L’Ignorance.

Mais d’une manière personnelle aussi, elle a daigné descendre ici-bas dans l’Obscurité afin de pouvoir la conduire à la Lumière, dans le Mensonge et l’Erreur afin de la convertir à la Vérité, dans cette Mort afin de la changer en une Vie divinisée, dans la douleur du monde, sa souffrance et son chagrin obstinés pour y mettre fin par l’extase transformante de son sublime Ananda.

Dans son profond et grand amour pour ses enfants, elle a consenti à revêtir le manteau de cette obscurité, condescendu à subir les attaques et les influences torturantes des pouvoirs de Ténèbres et de Mensonges, supporté de traverser le portail de cette naissance qui est une mort, pris sur elle les angoisses, les chagrins et les souffrances de la créature, car il semblait qu’ainsi seulement la création pouvait être élevée jusqu’à la Lumière, la Joie et la Vérité, jusqu’à la Vie éternelle. C’est le grand sacrifice du Pourousha, mais bien plus profondément l’holocauste de Prakriti, le sacrifice de la Mère divine.

Extrait de La Mère

Illustration : une image du CNRS, tirée d'une simulation numérique de la formation des grandes structures de l'univers montrant un échantillon de 100 millions d'années-lumière et le résultat du mouvement des galaxies.

mercredi 9 décembre 2009

Les différents aspects de la Shakti : introduction (partie 1)


Les quatre pouvoirs de la Mère sont quatre parmi ses prédominantes Personnalités, parties et personnifications de sa divinité, à travers lesquelles elle agit sur ses créatures, met en ordre et harmonise ses créations dans les mondes et dirige la manifestation de ses milliers de forces.

Car la Mère (Divine) est une, mais elle se présente à nous sous des aspects différents ; elle a beaucoup de pouvoirs et de personnalités, beaucoup d’émanations et de vibhoûtis qui agissent pour elle dans l’univers. Celle que nous adorons comme la Mère est la Conscience-Force Divine qui domine toute existence, unique et pourtant si multiple qu’il est impossible de suivre ses mouvements, même pour l’esprit le plus prompt et pour la plus libre et la plus vaste intelligence.

La Mère est la conscience et la force du Suprême et elle est bien au-dessus de toutes ses créations. Mais quelque chose de ses voies peut être vu et senti à travers ses personnifications, d’autant plus perceptible que sont plus définis et limités le tempérament et l’action des formes de déesses dans lesquelles elle consent à se manifester à ses créatures.

Il y a trois manières d’être de la Mère que vous pouvez percevoir quand vous vous identifiez avec la Conscience-Force qui nous soutient, nous et l’univers :

La Transcendante, la suprême Shakti originelle, qui se tient au-dessus des mondes et sert de trait d’union entre la création et le mystère toujours non manifesté du Suprême.

L’Universelle, la Mahâshakti cosmique, qui crée tous les êtres et contient, pénètre, supporte et dirige les millions de procédés et de forces.

L’Individuelle, qui personnifie le pouvoir des deux plus vastes aspects de son existence, les rend vivants et proches de nous et s’entremet entre la personnalité humaine et la Nature divine.

L’unique Shakti originelle et transcendante, la Mère, se tient au-dessus de tous les mondes et porte dans sa conscience éternelle le Divin suprême. Elle est seule à abriter le Pouvoir absolu et la Présence ineffable ; contenant ou appelant les Vérités qui doivent être manifestées, elle les fait descendre, du mystère où elles étaient cachées, dans la lumière de sa conscience infinie et leur donne une forme dynamique dans son pouvoir omnipotent et dans sa vie sans bornes, et un corps dans l’univers.

Le Suprême est manifesté en elle à jamais comme l’éternel Satchidânanda (Sat-Chit-Ananda) ; il se manifeste à travers elle dans les mondes comme la conscience unique et duelle de l’Ishwara-Shakti et le principe duel de Pourousha-Prakriti ; il est personnifié par elle dans les mondes et les plans et les dieux et leurs énergies, et façonné grâce à elle comme tout ce qui est dans les mondes connus et dans d’autres inconnus.

Tout est son jeu avec le Suprême ; tout est sa manifestation des mystères de l’Eternel, des miracles de l’Infini. Tout est elle, car tous sont parcelles et fragments de la Conscience-Force divine. Rien ne peut être ici ou ailleurs que ce qu’elle décide et que le Suprême permet ; rien ne peut prendre forme excepté ce que, mue par le Suprême, elle perçoit et façonne après en avoir moulé le germe dans son Ananda créateur.

Quatre grands Aspects de la Mère, quatre de ses principaux Pouvoirs et Personnalités ont été mis en avant dans sa conduite de cet univers et dans ses relations avec le jeu terrestre.

L’un est la personnalité de calme ampleur, de sagesse compréhensive, de bénignité tranquille, et de compassion inépuisable de majesté souveraine et supérieure, et de grandeur qui gouverne tout.

Un autre personnifie son pouvoir de splendide énergie et d’irrésistible passion, sa disposition guerrière, sa volonté écrasante, sa promptitude impétueuse et sa force qui secoue le monde.

Le troisième est ardent, doux et merveilleux dans le profond secret de sa beauté, de son harmonie et de son rythme délicat, dans son opulence complexe et subtile, son attrait irrésistible et sa grâce captivante.

Le quatrième est pourvu de sa secrète et pénétrante capacité de connaissance intime, de travail soigneux et sans défaut et de perfection tranquille et précise en toutes choses.

Sagesse, Energie, Harmonie, Perfection sont leurs divers attributs, et ce sont ces pouvoirs qu’ils apportent avec eux dans le monde, qu’ils manifestent sous un déguisement humain dans leurs vibhoûtis, et qu’ils établiront suivant la mesure divine de leur ascension en ceux qui peuvent ouvrir leur nature terrestre à l’influence directe et vivante de la Mère.

A ces quatre, nous donnons les quatre noms de Maheshwarî, Mahâkâlî, Mahâlakshmî, Mahâsaraswatî.

Extrait de La Mère

En illustration : une photographie de Mudita, prise au Clos-Lucé, 2007.

lundi 7 décembre 2009

L'action doit venir de l'intérieur


Toute cette insistance sur l’action est absurde si l’on n’a pas la lumière qu’il faut pour agir.

« Le yoga doit inclure la vie et non l’exclure », ne signifie pas que nous soyons forcés d’accepter la vie telle qu’elle est avec toute son ignorance maladroite et sa misère, ni la confusion obscure de la volonté et de la raison humaines, ni les impulsions et les instincts qu’elles expriment.

Les avocats de l’action s’imaginent que l’intellect et l’énergie humaine, en se précipitant toujours à nouveau, peuvent tout arranger. L’état actuel du monde, après le développement de l’intellect et une formidable dépense d’énergie sans parallèle dans l’histoire, est une preuve évidente de l’illusion creuse qui les fait œuvrer. Le yoga affirme que c’est seulement par un changement de conscience que la vraie base de la vie peut être découverte. Du dedans vers le dehors, telle est en vérité la loi.

Mais dedans ne signifie pas un quart de centimètres derrière la surface. Il faut aller tout au fond et trouver l’âme, le Moi, la Réalité divine au-dedans de nous, et c’est alors seulement que la vie peur devenir une expression vraie de ce que nous sommes, au lieu d’exprimer l’aveugle brouillage confus et toujours répété de cette chose inadéquate et imparfaite que nous fûmes.

Il s’agit de choisir entre rester dans le vieux méli-mélo et tâtonner çà et là dans l’espoir de tomber un jour sur quelque découverte, ou de se tenir en retrait et de chercher la Lumière intérieure jusqu’à ce que nous ayons découvert la divinité et que nous puissions la construire au-dedans de nous et au-dehors.

Extrait de Lettres sur le Yoga, Tome 1

dimanche 6 décembre 2009

L'art et le yoga


L’art, la poésie, la musique ne sont pas le yoga, ne sont pas plus en eux-mêmes des choses spirituelles que la philosophie ou la science.

Ici se dissimule une autre incapacité curieuse de l’intellect moderne – son impossibilité à établir la distinction entre le mental et l’esprit, sa promptitude à prendre les idéalismes mentaux, moraux et esthétiques pour de la spiritualité et leurs degrés inférieurs pour des valeurs spirituelles.

La simple vérité est que les intuitions mentales du métaphysicien ou du poète sont pour la plupart loin d’atteindre le niveau d’une expérience spirituelle concrète ; ce sont des éclairs lointains, des reflets indistincts, non des rayons issus du centre de la Lumière. Il n’en est pas moins vrai que, vues des cimes, il n’y a pas beaucoup de différence entre les hautes éminences mentales et les modestes ascensions de cette existence extérieure.

Toutes les énergies de la Lîla sont égales vues d’en haut, toutes sont des déguisements du Divin. Mais il faut ajouter que toutes peuvent devenir l’instrument d’un premier pas vers la réalisation du Divin.

Un jugement philosophique sur l’Atman est une formule mentale et non une connaissance, ni une expérience ; pourtant, le Divin le prend parfois comme chenal d’accès ; curieusement, une barrière du mental s’effondre, une vision naît, un changement profond s’opère dans une partie intérieure, dans le fond de la pénètre quelque chose de calme, d’égal, d’ineffable. On se tient sur une crête de montagne et on entrevoit, on sent mentalement une ampleur qui pénètre tout, une Immensité ineffable dans la Nature ; alors tout à coup vient le contact, une révélation, un flot, le mental se perd dans le spirituel, on éprouve la première invasion de l’Infini.

Ou vous êtes devant un temple de Kâli près d’une rivière sacrée et que voyez-vous ? Une sculpture, une gracieuse pièce d’architecture, mais mystérieusement un moment plus tard, inattendue, s’impose à la place une Présence, un Pouvoir, un Visage qui regarde le vôtre, et votre regard intérieur a contemplé la Mère du Monde.

Des contacts semblables peuvent venir par l’art, la musique, la poésie, à leur auteur ou à celui qui ressent le choc du mot, le sens caché d’une forme, le message d’un son qui porte plus de signification peut-être que le compositeur, consciemment, ne voulait y mettre.

Toutes choses dans la Lîlâ peuvent devenir des fenêtres qui s’ouvrent sur la Réalité cachée.

Pourtant, aussi longtemps que l’on se contente de regarder par les fenêtres, ce n’est qu’un premier gain ; un jour il faudra prendre le bâton du pèlerin et se mettre en route pour trouver la Réalité là où elle est toujours manifeste et présente. Il peut être encore moins satisfaisant spirituellement de demeurer dans les reflets indistincts, il devient impératif de chercher la Lumière qu’ils essaient de représenter.

Mais puisque cette Réalité et cette Lumière sont en nous-même tout autant que dans quelque haute région au-dessus du plan mortel, nous pouvons, en les cherchant, utiliser bien des formes et des activités de la vie ; comme on offre une fleur, une prière, une action au Divin, on peut offrir une forme de beauté que l’on crée, une chanson, un poème, une image, une phrase de musique, et gagner par là un contact, une réponse, ou une expérience.

Et quand on est entré dans cette conscience divine ou qu’elle croît à l’intérieur, alors le yoga n’exclut pas qu’on s’exprime dans la vie à travers tout cela ; ces activités créatrices peuvent encore avoir leur place, bien qu’intrinsèquement cette place ne puisse être plus grande que celle d’autres activités qui peuvent être mises au service du Divin, et utilisées par lui.

L’art, la poésie, la musique, dans leur fonctionnement ordinaire, créent des valeurs mentales et vitales, non des valeurs spirituelles ; mais elles peuvent être tournées vers un but plus élevé, et comme toutes les choses qui sont capables de relier notre conscience au Divin, elles sont transmuées, deviennent spirituelles et peuvent être admises comme faisant partie de la vie du yoga.

Toutes choses prennent une valeur nouvelle non par elles-mêmes, mais par la conscience qui les utilise ; car il est une seule chose essentielle, nécessaire, indispensable, c’est de devenir conscient de la Réalité divine et d’y vivre, et de la vivre toujours.

Extrait de Lettres sur le Yoga, Tome 1

jeudi 19 novembre 2009

La félicité du Brahman



Je suis devenu un océan blanc-d’écume de béatitude,
Je suis une vague onduleuse du délice de Dieu,
Un flux sans forme de lumière heureuse et passionnée,
Un tourbillon dans les rivières du Paradis.

Je suis une coupe pour Ses félicités,
Le coup de foudre de la puissance de son extase en or,
Un feu de joie au sommet de la création,
Je suis l’abîme merveilleux de son ivresse.

Je suis ivre de la gloire du Seigneur,
Je suis vaincu par la beauté du Non-né ;
J’ai regardé, vivant, la face de l’Eternel.
Mon mental fut pourfendu par Son épée irradiante,
Mon cœur déchiré par Son toucher de béatitude.

Ma vie est une poussière de météore de sa Grâce enflammée.

Poème de Sri Aurobindo, 29 Septembre 1939 / 21 Octobre 1939 ; re-traduction de Mudita.

En illustration : il y a environ 500 millions d’années, les deux galaxies NGC 4038 et 4039 ont commencé à entrer en collision. Elles forment aujourd’hui l’un des couples galactiques les plus connus : les Antennes. Pendant la collision, les étoiles passent les unes à côté des autres mais en raison de la gravité, des gigantesques forces ejectent des jets d’étoiles sur les côtés. Les nuages de gaz à l’intérieur de chaque galaxie sont également comprimées, donnant naissance à des milliers de nouveaux amas stellaires. Un tel scénario est à prévoir pour la Voie Lactée et Andromede dans plusieurs milliards d’années. Photo prise par Hubble en 2006.

lundi 16 novembre 2009

L'élément psychique au dedans



L’être mental au-dedans surveille, observe et juge tout ce qui se passe en nous.

Le psychique ne surveille pas et n’observe de la sorte, comme un témoin, mais il sent et il sait spontanément d’une manière beaucoup plus directe et plus lumineuse, par la pureté même de sa propre nature et par l’instinct divin qui est en lui, et ainsi, dès qu’il passe au premier plan, il révèle immédiatement les mouvements justes et les mouvements faux dans notre nature.

L’être humain est composé des éléments suivants : en arrière, le psychique, qui soutient tout ; puis le mental, le vital et le physique internes ; et à l’extérieur l’instrument par lequel ceux-ci s’expriment : la nature tout à fait externe du mental, de la vie et du corps. Mais au-dessus de tous ces éléments se tient l’être central (jîvâtman) qui les utilise tous pour se manifester ; c’est une parcelle du Moi divin ; or cette réalité de lui-même reste cachée à l’homme extérieur, qui remplace cette âme ou moi profond, par l’ego mental et vital.

Seuls ceux qui ont commencé à se connaître eux-mêmes, prennent conscience de leur véritable être central, et pourtant il est toujours là, présent derrière l’action du mental, de la vie et du corps, et c’est le psychique qui le représente le plus directement, car il est lui-même une étincelle du Divin.

C’est par la croissance de l’élément psychique dans notre propre nature que nous commençons à entrer consciemment en contact avec notre être central qui est au-dessus. Quand ce contact se produit et que l’être central fait usage d’une volonté consciente pour contrôler et organiser les mouvements de la nature, alors on possède une maîtrise de soi réelle, spirituelle, au lieu d’une maîtrise partielle, purement mentale ou morale.

Extrait de Lumières sur le Yoga

vendredi 13 novembre 2009

Le commencement de toutes les possibilités



Ce que je ne puis faire maintenant est le signe de ce que je ferai plus tard. Le sens de l’impossibilité est le commencement de toutes les possibilités. C’est parce que cet univers temporel était un paradoxe et une impossibilité que l’Eternel l’a créé de son Etre.

L’impossibilité est simplement une somme de possibilités plus grandes encore irréalisées. Elle voile une étape plus avancée, un voyage encore inaccompli.

Si tu veux que l’humanité progresse, jette bas toute idée préconçue. Ainsi frappée, la pensée s’éveille et devient créatrice. Sinon elle se fixe dans une répétition mécanique qu’elle confond avec son activé véritable.

Tourner sur son axe n’est pas le seul mouvement pour l’âme humaine. Il y a aussi la gravitation autour du Soleil d’une illumination inépuisable.

Prends d’abord conscience de toi-même au-dedans, puis pense et agis. Toute pensée vivante est un monde en préparation ; tout acte réel est une pensée manifestée. Le monde matériel existe parce qu’une Idée se mit à jouer dans la conscience divine.

La pensée n’est pas essentielle à l’existence, mais c’est un instrument pour devenir : je deviens ce que je vois en moi-même. Tout ce que la pensée me suggère, je puis le faire ; tout ce que la pensée révèle en moi, je puis le devenir. Telle devrait être l’inébranlable foi de l’homme en lui-même, car dieu habite en lui.

Notre tâche n’est pas de toujours répéter ce que l’homme a déjà fait, mais de parvenir à de nouvelles réalisations, à des maîtrises dont nous n’avons pas encore rêvé. Le temps, l’âme et le monde nous sont donnés comme champs d’action ; la vision, l’espoir, et l’imagination créatrice nous servent d’inspirateurs ; la volonté, la pensée et le labeur sont nos très efficaces instruments.

Qu’y a-t-il de nouveau que nous ayons à accomplir ?

L’Amour, car jusqu’à présent nous n’avons accompli que la haine et notre propre satisfaction ;

La Connaissance, car jusqu’à présent nous ne savons que faire erreur, percevoir et concevoir ;

La Félicité, car jusqu’à présent nous n’avons trouvé que le plaisir, la douleur et l’indifférence ;

Le Pouvoir, car jusqu’à présent nous n’avons accompli que la faiblesse, l’effort et une victoire toujours défaite ;

La Vie, car jusqu’à présent nous ne savons que naître grandir et mourir ;

L’Unité, car jusqu’à présent nous n’avons accompli que la guerre et l’association.

En un mot, la Divinité : nous refaire à l’image du divin.

Extrait de Pensées et Aphorismes

En illustration : l'image d'une Aurore créée par l’impact terrestre d’un nuage de particules magnétiques projetées par le soleil. Cela se passe régulièrement au-dessus de nos têtes et pourtant, nous n'y voyons rien... Photo prise à partir d’une station spatiale du programme Soho.

SOHO, l'Observatoire Solaire et Héliosphérique, est un programme de coopération internationale entre l’ESA et la NASA qui a pour objet l’étude du soleil - du coeur à la couronne extérieure, et des vents solaires. Lancée en 1995, la station SOHO a été construite en Europe par une équipe d’industriels sous l'autorité de l’ESA. D’importantes équipes d’ingénieurs et plus de 200 co-investigateurs issus de nombreuses institutions ont collaboré à la préparation, au développement des opérations et aux analyses des données. Responsable du lancement, la NASA est maintenant chargée des opérations de missions. Partout dans le monde, de grandes antennes radio (ou récepteurs) qui constituent le réseau Espace Lointain de la NASA sont utilisées pour assurer la réception de ces données et pour les commandes à distance. Le contrôle de la mission est basé au Centre de Vol Spatial Goddard dans le Maryland (USA).

mercredi 11 novembre 2009

Le but





Quand nous avons dépassé les savoirs, alors nous avons la Connaissance. La raison fut une aide ; la raison est l'entrave.

Quand nous avons dépassé les velléités, alors nous avons le Pouvoir. L'effort fut une aide ; l'effort est l'entrave.

Quand nous avons dépassé les jouissances, alors nous avons la Béatitude. Le désir fut une aide ; le désir est l'entrave.

Quand nous avons dépassé l'individualisation, alors nous sommes des Personnes réelles. L'ego fut une aide ; l'ego est l'entrave.

Quand nous dépasserons l'humanité, alors nous serons l'Homme. L'animal fut une aide ; l'animal est l'entrave.

Transforme ta raison en une intuition ordonnée ; que tout en toi soit lumière. Tel est ton but.

Transforme l'effort en un flot égal et souverain de force d'âme ; que tout en toi soit force consciente. Tel est ton but.

Transforme la jouissance en une extase égale et sans objet ; que tout en toi soit félicité. Tel est ton but.

Transforme l'individu divisé en la personnalité cosmique ; que tout en toi soit divin. Tel est ton but.

Extrait de Pensées et Aphorismes

mardi 10 novembre 2009

L'alternance des périodes sombres et brillantes




Je crois que les alternances de périodes sombres et brillantes sont l’expérience presque universelle des yogis et que les exceptions sont très rares.

Si l’on cherche les raisons de ce phénomène, tellement désagréable pour notre nature humaine impatiente, on en trouvera, je pense, deux principales.

La première est que la conscience humaine ne peut pas supporter une descente constante de Lumière, de Pouvoir ou d’Ananda, ou bien elle ne peut pas à la fois les recevoir et les absorber ; elle a besoin de périodes d’assimilation. Mais cette assimilation se poursuit derrière le voile de la conscience de surface ; l’expérience ou la réalisation qui sont descendues, se retirent derrière le voile et laissent en jachère la conscience extérieure, de surface, pour qu’elle se prépare à une nouvelle descente.

Aux stades plus mûrs du yoga, ces périodes sombres ou ternes deviennent plus courtes, moins, pénibles et elles sont aussi allégées par le sentiment d’une conscience plus grande qui, bien qu’elle n’agisse pas pour un progrès immédiat, demeure cependant et soutient la nature extérieure.

La seconde cause est une résistance, quelque chose dans la nature humaine qui n’a pas senti la descente antérieure, qui n’est pas prêt et peut être ne veut pas changer – souvent, une forte formation habituelle du mental ou du vital, ou bien une inertie momentanée de la conscience physique, mais pas exactement une partie de la nature – et ceci, ouvertement ou secrètement, fait surgir l’obstacle. Si l’on peut détecter en soi-même la cause, la reconnaître, voir son fonctionnement et appeler le Pouvoir qui la fera disparaître, les périodes d’obscurité peuvent être grandement raccourcies et leur acuité diminue.

Mais dans tous les cas, le Pouvoir divin poursuit son travail par derrière, et un jour, peut-être au moment où l’on s’y attend le moins, l’obstacle se brise, les nuages s’évanouissent et de nouveau la lumière et le soleil sont là.

La meilleure attitude dans ces circonstances, si l’on peut la prendre, est de ne pas de tourmenter, de ne pas se décourager, mais de persévérer tranquillement et de se garder ouvert, étalé à la Lumière, en attendant avec foi sa venue. J’ai constaté que cela raccourcissait la durée de l’épreuve.

Après, quand l’obstacle a disparu, on s’aperçoit qu’un grand progrès s’est accompli et que la conscience est bien plus capable qu’auparavant de recevoir et de retenir. Il y a une compensation à toutes les épreuves et les tribulations de la vie spirituelle.

Extrait de Les Bases du Yoga

dimanche 8 novembre 2009

Patience et sincérité




La présence d’imperfections, et même d’imperfections nombreuses et sérieuses, ne saurait être un empêchement permanent au progrès du yoga.

Je ne parle pas de retrouver l’ouverture antérieure, car, suivant mon expérience, ce qui vient après une période d’obstruction ou de lutte, est généralement une ouverture nouvelle et plus large, une conscience plus vaste et un progrès par rapport à ce que l’on avait gagné auparavant et qui pour un temps semblait perdu - mais ne l’était qu’en apparence.

Le seul empêchement qui puisse être permanent, mais qui ne l’est pas nécessairement, car cela aussi peut changer, c’est l’insincérité.

Si l’imperfection était un empêchement, nul homme ne pourrait réussir dans le yoga, car tous sont imparfaits, et je ne suis pas sûr d’après ce que j’ai vu, que ce ne soient pas ceux qui ont la plus grande capacité pour le yoga, qui n’aient aussi le plus souvent, ou n’aient eu, les plus grandes imperfections.

Vous connaissez, je suppose, le commentaire de Socrate sur sa propre nature. Beaucoup de grands yogi pourraient en dire autant de leur propre nature humaine initiale. Dans le yoga, la seule chose qui compte finalement, c’est la sincérité, et avec elle la patience de persister sur le chemin. Beaucoup, même sans cette patience, vont jusqu’au bout, car en dépit de la révolte, de l’impatience, de la dépression, du découragement, de la fatigue, de la perte temporaire de la foi, c’est une force plus grande que leur moi extérieur – la force de l’Esprit, l’élan du besoin de l’âme – qui les pousse à travers les nuages et les brouillards, vers le but devant eux.

Les imperfections peuvent être des pierres d’achoppement et faire faire de mauvaises chutes momentanées, mais elles ne peuvent pas être un empêchement permanent. Les obscurcissements qui viennent de quelque résistance de la nature peuvent être des excuses de retard plus sérieuses, mais eux non plus ne durent pas toujours.

Extrait de Les Bases du Yoga

samedi 7 novembre 2009

Ne pas s'appesantir sur les obstacles




C’est une grave erreur de trop s’appesantir sur la nature inférieure et ses obstacles.

C’est seulement le coté négatif de la sâdhanâ.

Il faut les voir et les purifier, mais s’en préoccuper comme la seule chose importante, n’apporte aucune aide. Le coté positif de l’expérience de la descente est ce qui importe le plus. Si l’on devait attendre que la nature inférieure soit entièrement et définitivement purifiée avant de solliciter la descente de l’expérience positive, on pourrait attendre à jamais.

Il est vrai que plus la nature inférieure est purifiée, plus la descente de la Nature supérieure est facile ; mais il est également vrai - sinon davantage - que plus la Nature supérieure descend, plus la nature inférieure est purifiée.

Ni la purification complète ni la manifestation parfaite et permanente ne peuvent se produire tout d’un coup ; c’est une affaire de temps et de progrès patient. L’une et l’autre, purification et manifestation, avancent de pair et deviennent de plus en plus fortes en s’aidant mutuellement. Tel est le cours habituel de la sâdhanâ.

Extrait de Lumières sur le Yoga

vendredi 6 novembre 2009

Chaque plan possède ses propres vérités




Si le supramental ne devait pas nous donner une vérité plus grande et plus complète qu’aucune de celles des plans inférieurs, cela ne vaudrait pas la peine de chercher à l’atteindre.

Chaque plan possède ses propres vérités.

Quelques-unes cessent d’être vraies sur un plan plus élevé ; le désir et l’ego, par exemple, sont des vérités de l’ignorance mentale, vitale et physique ; à ce niveau, un homme sans ego ni désir serait un automate tâmasique. Lorsque nous montons plus haut, l’ego et le désir n’apparaissent plus comme des vérités ; ce sont des mensonges qui défigurent la personne véritable et la volonté véritable.

La lutte entre les Puissances de Lumière et les Puissances des Ténèbres est un vérité ici-bas ; mais à mesure que nous nous élevons, elle perd sa vérité, et dans le Supramental, elle n’en a plus du tout. D’autres vérités subsistent, mais changent de caractère et d’importance, de place dans l’ensemble.

La différence ou le contraste entre le Personnel et l’Impersonnel est une vérité du Surmental (Overmind) ; dans le Supramental (Supermind), ces aspects n’ont pas de vérité séparée, ils sont un, inséparablement. Mais celui qui n’a pas maîtrisé ni vécu les vérités du Surmental ne peut pas atteindre à la vérité supramentale.

L’orgueil incompétent de l’intellect humain établit des distinctions tranchantes ; il veut s’élancer d’un seul bond vers la plus haute vérité, quelle qu’elle soit, et appeler tout le reste mensonge - mais c’est une erreur ambitieuse et arrogante. On doit gravir l’échelle en posant le pied fermement sur chaque échelon si l’on veut arriver au sommet.

Extrait de Lumières sur le Yoga

mercredi 4 novembre 2009

L'universel intime



Je contiens le monde entier dans l'embrassement de mon âme :
En moi brûlent Arcturus et Belphégor.
Vers toute forme vivante où je me tourne
J’y vois mon propre corps sous une autre figure.

Tous les yeux qui me regardent sont mes seuls yeux ;
Ce cœur qui bat dans toutes les poitrines est mien.
Le bonheur du monde coule en moi comme un vin,
Ses millions de chagrin sont mes agonies.

Pourtant tous ses actes ne sont que vagues qui passent
Au dessus de ma surface ; dedans pour toujours immobile.
Non né je suis, hors du temps, intangible :
Tout cela ne sont que des ombres sur mon miroir tranquille.

Ma vaste transcendance contient le tourbillon cosmique ;
Je suis scellé en lui telle une perle à la mer.

Poème de Sri Aurobindo, 15 Juillet 1938 ; re-traduction de Mudita.

En illustration, la galaxie Messier 74, photographiée par Hubble. Un prototype exemplaire de galaxie spirale "grand format", observé pratiquement de face depuis la Terre. Ses bras en spirale parfaitement symétriques se développent à partir du noyau central et sont constellés d'amas de jeunes étoiles bleues et de zones flamboyantes d'hydrogène ionisé. Ces pépinières d'étoiles présentent un excès de lumière dans l’ultraviolet. Des bandes sinueuses de poussières s’étirent depuis le noyau de la galaxie sur toute la longueur des bras. Cette galaxie se situe à environ 32 millions d'années-lumière dans la direction de la constellation des Poissons. C'est le membre dominant d'un petit groupe d’une demi-douzaine de galaxies. Elle héberge environ 100 milliards d'étoiles. Elle a été découverte par l'astronome français Pierre Méchain en 1780.

mardi 3 novembre 2009

Le premier pas












Le premier pas est d’avoir un mental tranquille.

Acquérir le silence est le pas suivant ; mais la tranquillité doit être là, d’abord.

Et par mental tranquille, j’entends une conscience mentale au-dedans qui voit les pensées venir à elle et se mouvoir, mais qui, elle-même, ne sent pas qu’elle pense, ne s’identifie pas avec les pensées et ne les appelle pas siennes. Des pensées et des mouvements peuvent traverser le mental, comme des voyageurs apparaissent, venus d’ailleurs, et passent à travers une contrée silencieuse ; le mental tranquille les observe, ou ne prend pas la peine de les observer, mais dans l’un comme dans l’autre cas, il ne devient pas actif et ne perd pas sa tranquillité.

Le silence est plus que la tranquillité. Il peut être acquis en bannissant du mental intérieur les pensées, en les gardant muettes ou complètement en dehors. Mais il s’établit plus facilement par une descente d’en haut : on le sent descendre, pénétrer et occuper, ou entourer la conscience personnelle, qui tend alors à s’immerger dans le vaste silence impersonnel.

Extrait de Les Bases du Yoga

Illustration : Mark Rothko, Peinture

dimanche 1 novembre 2009

La spiritualité


La spiritualité n’est pas une haute intellectualité ni un idéalisme, un penchant éthique du mental ou une pureté et une austérité morales ni une religiosité ou une ferveur émotive ardente et exaltée, ni même un composé de toutes ces excellentes choses.

Dans son essence, la spiritualité est l’éveil à la réalité intérieure de notre être, à l’esprit, au soi, à l’âme qui est autre que notre mental, notre vie, et notre corps ; c’est une aspiration intérieure pour connaître, sentir, être cela, pour entrer en contact avec la Réalité plus vaste qui dépasse l’univers et le pénètre, et qui demeure également en notre être ; c’est une aspiration pour entrer en communion avec cette Réalité et pour s’unir à elle, et, comme résultat de l’aspiration, du contact et de l’union, c’est un renversement, une conversion, une transformation de tout l’être, une croissance ou un éveil dans un nouveau devenir ou un nouvel être, un nouveau moi, une nouvelle nature.

Illustration : Descente du Supramental, détail, huile sur toile 1m x 1 m, de Catherine Mazarguil